Cinquante nuances de sexe

Publié le par Fred

La Marque est le premier tome de la saga de romance Dark Fantasy intitulée Kushiel écrite par Jacqueline Carey. Attention, longue critique, à la hauteur des bonnes et mauvaises choses parsemant ce petit pavé de littérature, soyez avertis. 

J'aime bien la fantasy, j'aime bien les grandes aventures, les complots qui se révèlent progressivement, entraînant les personnages vers des paroxysmes de guerres, d'amour, de souffrances, en un mot le drama. J'aime également quand un livre nous tisse un fort parallèle en s'inspirant de l'histoire et en la remaniant à sa sauce, et enfin j'aime que l'histoire me surprenne. Malgré tout, j'ai bien aimé La Marque de Kushiel !

Pourquoi ce commentaire désobligeant alors que j'ai malgré tout bien aimé le livre ? Parce que j'ai été déçu par ce premier tome. Il y avait tous les ingrédients de base pour faire très bon, et finalement beaucoup de potentiel est gâché dans le sang et la semence (et oui, je suis cru, mais il faudra le supporter si vous lisez Kushiel, ce qui n'est pas du tout cuit [cru/cuit, vous suivez ? non ? Tant pis, je ferme là ma parenthèse inutile]). Le livre se veut provocant sur le contenu : violent et souvent à caractère sexuel, et souvent les deux en même temps.

En bref : remaniant l'histoire d'Europe à l'époque médiévale, nous suivons l'histoire de Phèdre, une jeune fille abandonnée dès l'enfance dans une maison de courtisanes un peu particulières. Devenant experte dans son domaine (!) elle exploite ensuite ses capacité à la cour royale pour démêler des intrigues politiques complexes. En situation de crise, spoilée injustement, elle se retrouvera embarquée bien loin des luxueux et tentateurs milieux urbains dont elle a l'habitude pour atterrir les jambes écartées sur les ennemis de son cher royaume (parfois littéralement). 

Phèdre est une jeune fille, abandonnée enfant par sa mère pour des raisons financières, et plus que tout, parce qu'elle porte la marque de Kushiel sur son visage :  elle est condamné à tirer du plaisir dans la souffrance. Dans une société où le dicton est quasiment "aimes comme tu l'entends", ce fait est pourtant fortement assimilé à une malédiction.

Phèdre est d'abord éduquée comme une courtisane dans sa jeunesse, avant d'être rachetée par le noble, penseur et philosophe, Delaunay. Aussitôt son éducation change de forme, elle apprend les langues, l'histoire de son peuple civilisé, et bien sûr les intrigues de la cour, l'art d'observer et de déduire à partir des moindres détails.

Delaunay est pour elle un bon maître, et selon ses instructions Phèdre devient plus tard une courtisane un peu spéciale qui va assouvir les penchants les plus malsains des nobles. Le but étant de recevoir des confidences sur l'oreiller sur les intrigues politiques, démêlant ainsi un écheveaux complexe au service de Delaunay.

Malheureusement pour Phèdre, l'une de ses découvertes va avoir des conséquences effroyables : d'abord sur son entourage immédiat, puis pour elle même, et enfin le royaume tout entier, confronté à la menace de l'invasion et de la trahison ! La pauvre se retrouve (léger spoiler) mise en esclavage aux mains des pires ennemis du royaume, et va maintenant devoir se sortir de là par n'importe quel moyen !

Cotés positifs j'ai bien aimé le début du livre. Pas forcément le plus mouvementé niveau actio de voir l'éducation de courtisane de Phèdre, mais néanmoins original, avec beaucoup de coutumes intéressantes (et sans même rentrer dans le grivois).
Si vous aimez les romances disons... épicées... vous serez à votre aise dans la première partie de roman qui ne nous épargne rien des plaisirs coupables de Phèdre dans l'univers violent d'une courtisane marquée du signe de Kushiel.
Dès le deuxième tiers du récit, le lecteur sera déboussolé par le changement de contexte, et toute l'action se passera chez des tribus ennemies. Phèdre, accompagnée de son fidèle protecteur (dont j'ai encore oublié le nom et que j'appellerai blondinet) tente de se sortir de ce pétrin tout en découvrant les coutumes de ce peuple qu'elle juge barbare.
Enfin en troisième partie, la menace est bien posée pour tout le monde et Phèdre se lance à l'aventure, non plus en tant que victime des événement, mais en tant que voix de la royauté, ambassadrice improvisée partant chercher secours pour la terrible guerre qui s'annonce aussi sanglante qu'imminente !

Sans spoiler : j'ai beaucoup aimé toute la phase finale du livre, résolvant les conflits, dans la guerre ou l'amitié qui m'ont donné l'impression que les personnages gagnaient tous en maturité, en sagesse et atteignaient leur plein potentiel.

Autre point positif : le Maître du Détroit, personnage mystérieux dont on ne connait au début que le nom, régulièrement cité comme une créature puissante, capricieuse et dont le règne implacable sur les mers (au sens propre) dicte une bonne partie de la politique des royaumes voisins. Même s'il est abordé par la suite, il mériterai un conte à lui tout seul !

J'en arrive enfin aux mauvais points du roman !

Tout d'abord, même si c'était sans doute voulu, j'en viens à être dérangé par l’excès de sexe. Je ne suis pas puritain, mais là on a affaire à une véritable "résolution par le sexe". Pour résumer, Phèdre couche avec une bonne majorité de son entourage, homme ou femmes, est apparemment amoureuse de plusieurs personnes à la fois (elle à le droit d'être coeur d’artichaut après tout) qui le lui rendent tous sans exception. J'ai été déçu que tant de parties soient résolues par coucheries... Il faut espionner untel ? Une petite séance de fouet érotique. Capturée, Phèdre doit négocier et choisit pour cela un lit. Un changement de propriétaire ? Nouveau lit. Il faut négocier avec des souverains étranger ? Pas de problème, couchons avec le premier, rendons le deuxième jaloux jusqu'à ce que, fou de désir il cède aux exigences rien que pour accéder au plaisir avec une disciple de Kushiel. L'innocent lecteur que je suis (hum hum) a fait une petite overdose.

Quand on nous vante l'éducation excellente et l'esprit brillant de Phèdre, je m'étais attendu à ce qu'elle en fasse un peu plus preuve pour convaincre, intriguer, déduire et manipuler son entourage. Ici la seule véritable alternative au sexe, ce sont les larmes. Une fois encore à petite dose, je ne dis pas : Phèdre a eu une vie assez traumatisante on l'en excusera, mais la répétition de ces deux "solutions" me parait facile. Au XXIème siècle on pourrait s'attendre à ce qu'une auteurE  décrive des héroïnes un peu moins caricaturale, c'est bien dommage.

Sur la subtilité du livre, je regrette un peu la tournure de l'intrigue : au début on nous parsème des miettes, mettant en appétit, mais les personnages les plus brillants ne mettre leur esprit à l'oeuvre que pour révéler au lecteur des choses évidentes qu'il a déjà déduit tout seul, ou alors redire plus simplement de longues prophéties alambiquées. Dommage là encore. Ce n'est pas au point de l'Epée de Vérité sur sa fin pour ceux qui l'ont lu, où le héros détient la science infuse, mais c'est quand même un peu décevant !

Enfin, troisième point qui m'a gêné : l’élitisme incroyable des personnages. Tous sans exceptions. Phèdre la première est convaincue de faire partie d'un peuple aimé des dieux (ou plus précisément d'un prophète particulièrement béni), dans un royaume qui est le paradis sur terre (au sens propre !) au sein de l'élite sociale (courtisane sado-maso rappelons-le), le tout vivant parmi une noblesse civilisée (moi j'aurais dit décadente) et entourée de barbares (avec toutes les connotations négatives du terme). Ah j'oubliais, tous les habitants du royaume son supérieurement beaux, sans exceptions (et je cite : le plus banal des bergers Angelin gagnerait à être comparé au plus beaux des seigneurs barbares). Alors certes, les autres ne vivent pas dans des palais, mais tous leurs moeurs sont jugés grossières, envieuse de la civilisation etc... à de rares exceptions près.

L'histoire se passe à mots couverts en Europe, et le royaume de Phèdre est en fait la France. J'aime qu'on me flatte ("Monseigneur est le plus grand de tous les Grands d'Espagne" pour ceux qui trouvent la référence), j'aime qu'on me dise que je suis beau, fort, intelligent, noble de caractère, brave et habitant du meilleur pays au monde... Mais j'ai quand même du mal à y croire (juste pour le pays hein ! le reste va de soi !)

Finalement : un bon livre, une bonne épopée, de bonnes romances, des coutumes intéressantes... mais l'auteure en fait bien trop à mon goût ! La suite va-elle mûrir ou au contraire exacerber un peu plus tout cela je n'en sais encore rien !

PS : Si vous lisez ceci, bravo ! Vous êtes allé jusqu'au bout. Vous gagnez un bon point et toute mon estime (non échangeables contre des coupons de réduction).

Publié dans Fantasy

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