"Tout ce qui est doit finir, un jour sombre se lève pour les dieux"

Publié le par Fred

Cette critique porte sur les 3 tomes de BD d'Alex Alice, dans l'ordre Siegfried, La Walkyrie et Le Crépuscule des Dieux

En bref : Inspirée de la fameuse histoire de Nibelungen, cette trilogie est un petit bijou qui nous raconte le destin tragique de Siegfried, chargé par Odin, père de tous les dieux de tuer le dragon Fnafir avant qu'il n'ait détruit le monde ou entièrement corrompu.

Il y a deux types de lecteurs de BD : ceux qui lisent rapidement, avide de découvrir l'histoire au plus vite, et ceux qui prennent leur temps, admirant au passage les dessins. Je fait plutôt parti du deuxième type, et c'est tant mieux pour cette histoire ! Les pages sont belles, surtout les doubles pages, remplies d'intensité et d'histoires... mais aussi, ne l'oublions pas il s'agit d'un drame, et un drame ça se savoure.

 

En lisant Siegfried, j'ai souvent imaginé entendre un conteur prendre la place de la sorcière Völva, narrant l'histoire de Siegfried. Les événements, dépeint  certes de façon très concise le méritent amplement. Le lecteur découvre rapidement la mort des parents de Siegfried, tués de la main de Odin. S'en suis une jeunesse solitaire, sauvage et violente, sous l'égide de Mime, un mentor avide et plein de duplicité. L'innocence du jeune humain cesse dès lors que Odin proclame le destin de Siegfried : affronter le terrible dragon Fnafir pour tenter de sauver le monde, et mourir ce faisant. Par la suite on assistera au retrait des immortels de la terre, livrée à elle même, au refus obstiné d'obéir de la Walkyrie, fille d'Odin, qui sacrifie son immortalité pour aider Siegfried... Tous ces instants et bien d'autres sont posés, avec peu, voir pas de dialogues. Il faut s'immerger dans l'ambiance et l'histoire dont dépend au final le destin du monde, des dieux et des amoureux maudits.

L'auteur s'est évidemment permit quelques libertés avec l'histoire originale (tellement racontée et déformée depuis le temps), aussi je recommande de consulter les annexes en fin de BD qui expliquent ces divergences, le point de vu de l'auteur, ce qu'il a voulu faire ressentir, en plus de fournir divers croquis et peintures supplémentaires parfois magnifiques.

J'ai aimé cette trilogie pour son coté grandiose, le personnage ambigu de Völva, le duel d'énigmes mortel entre Mime et Odin, la détermination de la Walkyrie prête à tout pour aider son père et le monde quel qu'en soit le prix. Siegfried est au centre de cette histoire, tout tourne autour de lui, pourtant bien souvent son coté naïf/ignorant (d'abord enfant puis adulte ignorant du monde) l'empêche de prendre les décisions, et ce sont au final tous les personnages "secondaires" qui l'aident, s'opposent à lui, le manipulent et qui en ressortent changés, pour le meilleur et pour le pire.

C'est une facette que j'apprécie particulièrement avec la mythologie nordique comparée à bien d'autres histoires : des personnages plus subtils, moins de manichéisme, moins de prévisibilité même si le récit souffre parfois des changements brusque de comportement des personnages.

Une BD pleine de fatalité, narrant l'épopée de deux amants maudits mais déterminé à affronter tant leur destin que la colère d'Odin.

Publié dans BD, Divers

Commenter cet article