A contre-pied : l'Attrape-cœurs

Publié le par Fred

Note : a contre-pied est une nouvelle série d'article que j'avais envie de pondre depuis quelques temps déjà. L'idée est de porter aux éloges quelque chose que tout le monde a détesté, ou au contraire de souligner les défauts d'une œuvre acclamée. Que j'ai moi même aimé ou non. Le but c'est de me forcer (et vous aussi) à plus d'objectivité sur des livres connus dans un sens ou dans l'autre. Ce premier article sera facile puisque je n'aurais pas à me forcer pour en dire du mal.

L'Attrape-Cœur de J. D. Salinger est paru en 1951 et a depuis été vendu à plus de 60 millions d'exemplaires. Il est notamment populaire pour avoir été retrouvé dans la poche de l'assassin de John Lennon, et on le retrouve un peu partout en référence littéraire ou cinématographique. C'est un livre que j'ai essayé il y a quelques années à cause de sa popularité, et que j'ai de nouveau parcouru pour voir si ma mentalité à son égard avait évoluée.

En bref : Hoden est un adolescent mal dans sa peau (il y en a d'autres genres ?) et fait face aux difficultés de la vie sans grand succès. En échec scolaire, il quitte son domicile familial pendant trois jours où il se retrouve à vadrouiller dans New York. Alcool, prostituées et désillusions sont au rendez-vous. L'auteur nous présente sous un œil "jeune" et désabusé ses péripéties que d'aucuns trouveront émouvant. Ce n'est pas mon cas.

La vision prétendument "jeune" de l'auteur est selon moi un échec majeur, au sens ou le ton est constamment dans le dépressif/résigné/désabusé que l'on pourrait attendre d'un centenaire mourant. Certes Hoden emploie constamment un vocabulaire ordurier, peu varié et contenant pas mal d'argo, mais aux dernière nouvelles ce n'est ni nécessaire, ni suffisant pour qualifier quelqu'un de jeune. Sinon ça voudrait dire que tous les poils gris (et sales) des clodos de mon quartier sont en fait une illusion d'optique ?

Le "héros" a un caractère extrêmement égocentrique (pas égoïste attention). Passé les premières pages où le style surprend, je me suis lassé du point de vue de ce personnage, certes n'étant pas méchant pour un sous, mais totalement dénué de recul, de vision globale ou de cerveau. Sa vie c'est de la merde, mais comme c'est un rebelle il le dit au moins il n'a pas peur... Quand vient le moment de faire passer des sentences philosophique, on a juste envie de refermer le livre tant le raisonnement est poussif et mal amené. Soit notre petit Hoden est véritablement un génie incompris, soit il est obtus.

L'auteur a forcé le trait de son personnage pour faire comprendre que cette période de la vie est difficile. Je me demande s'il était besoin d'en faire toute une montagne.

Quelques moments touchants, notamment ceux qui concernent sa petite sœur idéalisée et épurée de tout défauts relèvent le niveau. Cependant globalement il ne se passe pas grand chose. On s'ennuie ferme et on attend ce coup de génie qui rend ce livre si génialissime .

Errance, incompréhension et vulgarité sont les maîtres mots de cette histoire. Une histoire baignant dans une crasse physique, intellectuelle et morale n'ayant visiblement que pour but de nous détacher de l'histoire. A tous ceux qui parlent d'empathie envers les personnages, je me me demande s'ils le pensent vraiment ou si leur vie a été un tel égout ?

J'apprécie les romans mélancoliques. J'aime bien les points de vue décalés. Le burlesque ou le sentiment de rejet ne m'ont jamais choqués. Pour moi un roman n'a pas besoin d'une happy end, d'un coup de théâtre ou même d'une véritable fin pour être bon. Et pourtant malgré tout cela, ma réaction face à l'attrape-cœurs confine à l'allergie.

Publié dans Contre-pied, Hors-serie

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