Autrefois les ténèbres

Publié le par Fred

Autrefois les ténèbres est le premier tome de la trilogie Le Prince du Néant, écrit par R. Scott Bakker. Une saga de dark fantasy extrêmement sombre, violente et complexe. Vu l'ampleur colossale de l'œuvre la critique est sensiblement plus longue que d'habitude. 

En bref : il y a des millénaire une quasi-apocalypse a eu lieu, balayant quasiment toute civilisation sur le passage du Non-Dieu. Des races antiques se sont éteintes dans l'oubli, l'humanité même a vacillé. Et maintenant, alors que ces événements sont depuis longtemps considérés comme des mythes, la terrible Consulte nonhumaine est de retour, préparant la fin du monde. Pendant ce temps, l'humanité déclenche une nouvelle querelle intestine, sous la forme d'une guerre sainte dont on a jamais vu la pareille. Toutes les nations sont vérolées par des agents de la Consulte, et cette croisade pourrait bien être une arme détournée entre de nouvelles mains pour apporter la fin... ou la salut de l'humanité. On suit les aventures de trois personnages que tout oppose face à la découverte de l'impossible. Un guerrier littéralement fou furieux, un sorcier désabusé et un prince manipulateur à l'extrême.

 

Achamian est un espion sur le retour. Ne payant pas de mine avec ses cheveux grisonnants, sa bedaine et son air tristounet il excelle à ce petit jeu qu'est la collecte d'informations. C'est aussi un mage issu du puissant Scolasticat du Mandat, une école de magie datant de la dernière Apocalypse. Comme tous ses confrères il porte la Marque : s'il peut plier le monde à sa volonté par l'exercice de ses incantations complexes, il est également maudit. Nuit après nuit il revit en cauchemars la dernière apocalypse. Les rêves sont un rappel constant, instillé par le fondateur de l'ordre pour ne jamais oublier, toujours être prêt au retour de la Consulte.

Car dans ce monde de fanatiques religieux, les sorciers sont maudits et haïs. Ils déforment de leur sorts le monde créé par Dieu. Le contact avec un simple colifichet appelé Larme de Dieu peut les changer en statues de sel. Le Mandat est la risée de tous : bien que puissants, ils passent pour de vieux fous ressassant les mythes du passés. Mais tout va changer le jour où Achamian est envoyé étudier de près la guerre sainte. Les sorciers sont inquiets car ils feraient une très belle cible pour cette armée en marche... mais c'est un agent de la consulte qui va tout remettre en cause. Prouvant au monde que les puissants sorciers impies ne sont pas fou. Le Non-Dieu va revenir...

Cnaiür est un chef barbare du peuple Scylvendi. Comme ceux de son peuple il ne pense que pour la guerre, par la guerre. Il vit pour elle et y excelle. Enfant, un homme étrange du nom d'Anasûrimbor l'a sidéré par son intellect, changeant pour toujours sa perspective sur le monde. Puis il l'a manipulé, poussé à tuer son père et disparu. Depuis Cnaiür se punit par sa rage constante, il est devenu le plus violent de tous les hommes. Un jour, sa route croise celle d'un autre Anasûrimbor : le jour de la vengeance est venue.

Anasûrimbor Kellhus est le fils de l'homme qu'avait rencontré Cnaiür. C'est un Dûnyain, un ordre qui vit isolé depuis des millénaire, dédié à l'amélioration de la race humaine. Kellhus utilise le Logos, une logique implacable, alimenté par une connaissance poussée et des sens exacerbés pour contrôler son environnement. Celui qui maîtrise parfaitement son corps, lit les expressions des gens d'un simple regard et devine sans problème le cheminement de leur âme, celui là n'est plus humain : il est d'avantage. Or Kellhus a reçu des visions de la part de son père. Depuis l'autre bout du monde, ce dernier l'appelle à lui, brisant le secret si cher des Dûnyains. Kellhus a pour mission de le tuer, préservant le secret sur les siens qu'a brisé son père exilé il y a vingt ans. Mais durant cette période, un être tel que lui a dû acquérir un pouvoir colossal parmi les simples mortels aussi Kellhus entreprend de détourner la croisade dans ses intérêts, un outil de taille pour traverser le monde et entreprendre sa macabre tâche.

Que dire de plus après une si longue présentation ? 

C'est un univers incroyablement coloré, tout y est représenté à l'extrême. Amours et haines, fanatisme religieux et logique pure, une moralité parfaite et la plus abjecte des abominations.

Le contraste entre les trois personnages principaux est saisissants. Ils observent le monde qui les entoure sous le filtre de la mélancolie, du dégoût de soi et d'une la logique froide et implacable.

Achamian est indubitablement celui pour lequel on ressent de l'empathie avec ses déboires et ses problèmes de conscience. L'enfant qui rêvait de faire de la magie et qui se retrouve écœuré par le monde après l'avoir parcouru en tout les sens. Cnaiür à première vu n'est qu'une brute épaisse, mais son histoire personnelle est le drame de celui qu'on a manipulé, brisé, constamment haï et donne de la profondeur au personnage. Kellhus est... inhumain par son comportement. On pourrait penser qu'un partisan de la logique, fût-elle poussé à l'extrême n'a rien de bien intimidant ni intéressant. Je l'ai pensé. J'avais tord. Ce personnage est tellement dénué d'émotions, implacable et calculateur que ça en glace les sangs. Il présente ses multiples facettes au monde tels des masques pour mieux manipuler son entourage. Peu arrivent à voir au travers de la façade cordiale de l'érudit qu'il prétend être.

Le Prince du Néant est une trilogie qui ne vous laissera pas indifférents. Baignant dans le sang, le sexe, la haine et les complots. On y voit des métamorphes prenant l'apparence de personnages clefs, des survivants d'anciennes races détenteurs d'une magie terrible et de besoins démoniaques. Des fanatiques de tout origines, un empereur totalement décadent, des écoles de magies bien loin de la féerie bon enfant d'un Harry Potter...

C'est indubitablement un livre difficile à lire par la crudité de son contenu, la complexité sans cesse croissante de ses intrigues et alliances mouvantes. L'horreur, le dégoût et les larmes y sont très présents et vous transportent dans un monde comme vous n'en avez jamais vu.

L'auteur lui-même a dit de son œuvre :  "I wanted a literate, socially intricate, and cosmopolitan world - something I could have fun destroying. " ("Je voulais un monde cultivé, avec une société complexe et un monde cosmopolite - quelque chose que je pourrais m'amuser à détruire")

Publié dans Fantasy, Dark, Favoris

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