Gagner la guerre

Publié le par Fred

Gagner la guerre est un roman de fantasy écrit par l'excellent auteur français Jean-Philippe Jaworski. Récompensé de plusieurs prix, il se distingue par le réalisme de son univers et sa violente crudité (que ce soit dans les scènes d'actions ou de dialogues). Le coté fantasy est très peu appuyé aussi je le recommande à ceux qui voudraient s'initier au genre sans être agacés par un désagréable excès de magique.

Une fois n'est pas coutume, voici la description donnée par les éditeurs qui résume magnifiquement l'œuvre : "Gagner une guerre, c’est bien joli, mais quand il faut partager le butin entre les vainqueurs, et quand ces triomphateurs sont des nobles pourris d’orgueil et d’ambition, le coup de grâce infligé à l’ennemi n’est qu’un amuse-gueule. C’est la curée qui commence. On en vient à regretter les bonnes vieilles batailles rangées et les tueries codifiées selon l’art militaire.
Désormais, pour rafler le pactole, c’est au sein de la famille qu’on sort les couteaux. Et il se trouve que les couteaux, justement, c’est plutôt mon rayon…  "

L'histoire se passe dans un genre d'antiquité romaine, avec la cité de Ciudalia. Puissante, florissante même grâce à sa maîtrise du commerce maritime, cette cité est gouvernée par une bande de nobles magouilleurs. Nourris dès l'enfance à l'intrigue et aux jeux de pouvoirs, ils ont élu en temps de guerre un de leur pair pour diriger les armées, le  Podestat Léonide Ducatore. La guerre est maintenant gagnée, et les ennuis commencent...

Pourquoi, me demanderez-vous ? Parce que ledit Léonide aimerait bien conserver son pouvoir, et l'utiliser pour étendre sa suprématie politique et économique sur ses confrères. Il a donc embauché Benvenuto, assassin à la moralité très flexible pour mettre en application un plan tordu visant à devenir le sauveur de Ciudalia.

Raconté par ledit Benvenuto à la première personne, on suit étapes par étapes l'application d'un plan dénué de tout scrupules pour éliminer la concurrence et régner en maître absolu. Prêt à trahir son pays pour mieux le servir ensuite à sa tête, Léonide est un personnage retors mais suprêmement intelligent dont on prendra plaisir à suivre les raisonnements implacables. Avec son point de vue cynique Benvenuto est l'instrument parfait de cette narration vers les égouts moraux de ces intrigues politiques. Usant du couteau quand c'est nécessaire et d'une solide dose de mensonges et de manipulations, tous les moyens sont bons pour l'assassin pour parvenir à ses fins, et si possible survivre aux plans de son employeur.

J'ai tendance à me méfier des grands succès d'auteurs francophones, défendus trop souvent pour leurs qualités lyriques par chauvinisme et pas pour leur mérites propres. Gagner la guerre est la claque que je me suis pris en retour après m'être demandé si on était capable de pondre de bons auteurs. 

Bien qu'assez long (près de mille pages), ce roman se lit très vite grâce à son style fluide, ses rebondissements totalement imprévus et son réalisme saisissants. Entre deux scènes d'actions bien racontées on trouvera des descriptions puissantes des personnages et des lieux que l'on visite, contribuant grandement au réalisme d'ensemble. Les intrigues politiques sont bien pensées et on se retrouve réellement embarqués par les combines tortueuses de nos anti-héros. Car oui, soyez prévenu, pas de chevaliers blancs ici. Pas même de personnages sombres et tourmentés, mais-au-fond-pas-mauvais-gars. On suit l'histoire ordurières de déchets de l'humanité à tous les échelons sociaux et à divers stade de pourriture morale. Et c'est ça qui est bon !

Publié dans Fantasy, Favoris

Commenter cet article