La Horde du Contrevent

Publié le par Fred

La Horde du contrevent, écrite par le français Alain Damasio est une œuvre de fantasy pas banale du tout et une véritable ode aux explorateurs.

En bref : les vents soufflent sans relâche et dans un seul sens sur le monde. De tout types, de toutes forces, ils ballaient régulièrement la terre et les humains qui y vivent, nettoyant tout sur leur passage. Les villages ne font pas le poids, et seules les plus grande ville fortifiées peuvent résister à ses assauts. La Horde du Contrevent a pour but l'inatteignable, c'est-à-dire remonter aux confins du monde trouver la source des vents et voir s'exercer tous leurs vœux comme l'annonce la légende. C'est une famille de durs à cuirs, engagés depuis des années dans un seul but. A travers des déserts et marécages, face aux intempéries d'une ampleur démesurée et en butte aux difficultés supplémentaire qu'on leur balance sans-cesse à la figure ils doivent tenir bon et poursuivre leur voyage improbable. Ils sont la 34ème Horde et espèrent être les premiers à réussir là où tous les autres ont échoué.

De prime abord plusieurs choses choquent le lecteur abordant la Horde du Contrevent pour la première fois. Simple détail au début, les pages sont numérotées à l'envers et vous commencez donc votre lecture page 701. Ensuite, la Horde est composée de pas mal d'individus et Damasio voulait absolument tous les distinguer, et donc le récit est narré du point de vue d'une vingtaine de personnages (majoritairement 3, heureusement pour notre capacité à suivre). Plus perturbant : pour savoir qui raconte quoi, chaque paragraphe est précédé d'un symbole typographique qui identifie le narrateur ";" "#" "Pi" "<" ?" "]]" etc.. C'est très perturbant au début, et difficile a suivre (heureusement la plupart des éditions fournissent un marque-page indispensable puisqu'il vous rappelle qui correspond à quoi).

Passé ces difficultés on se plonge dans une aventure improbable d'exploration, avec une équipe de spécialistes et leurs caractères bien distincts, si ce n'est qu'ils sont tous têtus. Pendant des années, ils remontent littéralement tempêtes après tempête à la recherche du mythique Extrême-Amont. Disposés en véritable formations selon le type et la force des éléments qu'ils affrontent, ils ont chacun leur points forts et leur faiblesses. Golgoth le Traceur d'une volonté de fer, Sov le Scribe chargé de narrer leurs aventures pour la prochaine Horde, Caracole le Troubadour qui maintient le moral par ses jeux de mots savants, Oroshi la Maîtresse des vents etc...

Je ne peux pas rentrer dans les détails sans spoiler l'intrigue, mais le voyage ne sera pas une simple marche paisible contre la brise. C'est un véritable tour de force que de maintenir notre attention face aux péripéties de la Horde.

Damasio fait l'erreur comme beaucoup d'auteurs français - à mon humble opinion - de s'épancher un peu trop dans le lyrisme. Il a inventé beaucoup de mots et d'expressions pour décrire ce qui se passe dans son univers bien particulier, on lui pardonnera facilement ; en revanche il se lance de temps en temps dans des longs discours sur la physique ou métaphysique qui alourdissent sensiblement le rythme. Soit qu'ils soient trop abscons et à peine intelligible, soit qu'ils ne soient pas nécessaire à l'intrigue, à mon sens ils sont de trop. Certes, ils démontrent une excellente maîtrise de la langue française, mais ce n'est pas à cette aulne qu'on juge un roman ! Par exemple la joute littéraire du milieu du tome fait vraiment grossier comme instrument de frime. Egalement, on devine vers les 2/3 du livre quel sera la fin du récit, et c'est bien dommage.

Malgré tout la Horde du Contrevent mérite d'être connu comme un bon livre : l'auteur s'est peut être emballé avec son style, les particularités du livre (20 narrateurs !) compliquent la tâche du lecteur, mais tout de même de sacrées idées poussées jusqu'à leur bout et des personnages assez incroyables. Soyez cependant averti : c'est une lecture difficile qui vous attend, tant par le style que par les péripéties vécues par les personnages et qui vous laisserons dans le même état d'esprit qu'eux (un phénomène probablement voulu donc).

Coup de cœur pour Golgoth, le Traceur de la Horde : si par bien des points de vue il est le stéréotype de la brute mal dégrossie au caractère de cochon, c'est sans doute le personnage le plus déterminé que j'ai jamais vu, tout univers confondu. Sans rire, on pourrait le laisser macérer deux jours aux milieux des plus durs à cuirs des politiciens, le balancer dans un mixer  puis marcher sauvagement sur ses restes et qu'il serait encore capable de foncer tête baissé vers son objectif. Et malheur à qui sera sur son chemin.

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