La Justice de l'Ancillaire

Publié le par Fred

Premier tome des Chroniques du Radch, la Justice de l'Ancillaire est un roman de SF de Ann Leckie pour le moins original... et déstabilisant.

En bref : Le Radch est un empire interstellaire qui maintient sa puissance par une perpétuelle extension et assimilation de nouveaux mondes. Sa dirigeante est littéralement omniprésente puisque grâce à une série de clones et d'implants technologiques de pointe elle s'est littéralement dupliquée pour tout surveiller et tout contrôler. Son arme de prédilection : les ancillaires. Autrefois humaines, ces créatures ont reçu des implants similaires à ceux de leur chef... à ceci près que les ancillaires sont contrôlés par des I.A de vaisseaux spatiaux ! Le Justice de Toren était l'un de ses vaisseaux, veillant sur quelques chouchous humains à son bord avec ses escouades d'ancillaires, jusqu'au jour où un drame a conduit à sa destruction totale... Seul un ancillaire à survécu. Le vaisseau incarné décide alors d'entreprendre une lente vengeance contre la responsable, la dirigeante du Radch elle-même.

Les Chroniques du Radch sont assez perturbants au premier abord. En effet, l'auteure a choisi de nous narrer une société futuriste où les différences égalitaires et comportementales liées au sexe ont totalement disparues. Ainsi les personnages sont tous systématiquement désignés par le pronom "elle", indépendamment de leur genre. Le lecteur devra même pécher les maigres indices s'il compte déterminer le sexe des personnages principaux, c'est dire ! D'ailleurs l'héroïne/héros de notre histoire, c'est le Justice de Toren : un vaisseau ! J'insiste, mais ce n'est pas commun. Cela créé un décalage saisissant avec un comportement humain "normal", même au sein d'une œuvre de fantasy. Par exemple, le vaisseau est tout aussi perdu que nous pour deviner le genre de ses interlocuteurs, fait parfois des essais au pif et globalement se trompe une fois sur deux...

Passons maintenant au récit à proprement parler. On suit d'une part la temporalité "actuelle" du Justice de Toren (enfin son unique ancillaire, appelée Breq) qui cherche à se venger d'Anaander Miraï, dirigeante toute puissante du Radch depuis des siècles. Immortelle. Répartie sur des centaines de corps. Disposant de la fidélité absolue de tous ses officiers et tous ses vaisseaux. Autant dire que il y a du boulot...

L'autre trame temporelle se situe des années auparavant où nous découvrons la vie quotidienne des officiers et ancillaires du Justice de Toren. Par quotidienne il faut comprendre invasion et soumission de nouveaux mondes. On découvrira progressivement les raisons qui ont poussé le vaisseau à sa perte et pourquoi il veut absolument se venger.

Outre tous les conflits, les rencontres et même les amitiés que forge notre héroïne-vaisseau, il y a un facteur quasiment aléatoire à prendre en compte. Les Presger sont des aliens dont on ne sait rien si ce n'est qu'ils sont technologiquement plus avancé que les humaines. Anaander Miraï elle-même, du haut de sa toute puissance à réussi à négocier un traité qui dit grosso modo : "s'il vous plait arrêter de jouer à tuer/manger des humaines et à faire des expériences sur leurs cadavres. SVP. Pitié." Avec une logique totalement différente de la notre, des objectifs inconnus, une puissance colossale, une technologie incompréhensible, des ambassadeurs ressemblant vaguement à des humains et "conçu" artificiellement... Autant dire qu'il faut les approcher avec des pincettes. Si des troubles éclatent dans le Radch (genre l'assassinat de leur chef, une guerre intestine etc...) ils pourraient y mettre le nez et balayer l'humanité d'un revers négligeant.

Enfin, le final explosif du livre était juste génial. L'explication du pourquoi et du comment, bien que tout à fait logique après coup est juste énorme. J'ai adoré : c'était bien trouvé, bien amené, et ce sera même bien exploité par la suite dans les deux prochains tomes.

Un excellent livre à tout point de vue, avec de bons enjeux, des personnages sensiblement différents de ce qu'on pourrait attendre, une technologie SF discrète mais bien présente (pas de gros lasers qui tirent partout en faisant piou piou). Ce premier livre a raflé une demi-douzaine de prix littéraire, c'est dire si c'est un bon début pour Ann Leckie !

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