La Roue du Temps T1

Publié le par Fred

La Roue du Temps est un long cycle de fantasy écrit par Robert Jordan. Chacun de ses tomes est un best-seller international, et ce malgré une situation assez complexe en VO comme en VF.

En VF c'est simple il existe pas moins de quatre éditions et traductions partielles de l'œuvre, et pour ce qui est de la VO, l'auteur est malheureusement mort avant la fin de son cycle. Heureusement pour nous autres lecteurs il avait déjà écrit la fin et s'était mis d'accord avec Brandon Sanderson pour achever l'œuvre conformément à son style. Et pour la VF, la toute dernière édition de Bragelonne comporte jusqu'ici la meilleure traduction et ne découpe pas les tomes anglais en deux contrairement aux autres. J'avais prévenu que c'était compliqué de lire ce cycle de 13 tomes... heureusement ça en vaut la peine alors accrochez vous bien car voici la critique de L'œil du Monde, premier volume de cette saga dantesque !

En bref : il y a trois mille ans, dans un monde technologiquement avancé disposant en plus du Pouvoir Unique pour accomplir de quasi-miracles, une nouvelle source d'énergie apparemment infinie est découverte. Manque de bol il s'agit en fait du Ténébreux : une entité dont on ne sait pas grand chose si ce n'est sa puissance incroyable et sa capacité de corruption et sa soif de domination. S'en suivent dix ans de guerres terribles dans un monde jadis pacifique. Finalement une bande d'hommes menés par un chef appelé le Dragon tentent une manœuvre audacieuse pour enfermer le Ténébreux et ses plus puissants partisans à jamais. Dans la tentative le Ténébreux contamine le Pouvoir Unique qu'utilisent les hommes, les rendant fous à lier. Lui est certes enfermé, mais sa riposte se propage bientôt à tous les hommes utilisant le Pouvoir : tôt ou tard ils deviennent fous et ravagent tout autour d'eux. Le monde est littéralement fracturé, les océans engloutissent des villes, des montagnes sont renversées...  la civilisation et la technologie sont perdus, ramenant bientôt le monde à un simple âge médiéval, morcelé entre royaumes rivaux. Une prophétie annonce que le Dragon - l'homme responsable de ce chaos - se réincarnera pour sauver l'humanité lors du retour du Ténébreux, brisant le monde une fois encore ce faisant...

Trois mille ans ont passé et on se retrouve à suivre les aventures de trois jeunes paysans, Rand, Mat et Perrin qui rêvent d'aventure tout en prenant le Ténébreux et ses sbires pour des mythes. Rapidement il apparaît qu'ils sont ta'veren, c'est-à-dire prédestiné par le destin. Pour leur plus grande gloire et leur plus grand désespoir ils vont se retrouvé condamné à vivre des événements intéressants. Comprendre mortellement dangereux. Et qu'à peu près toute les factions existantes veulent mettre la main sur eux pour utiliser leur statut particulier à leur avantage.

Dans ce premier tome d'introduction on nous présente pas mal de personnages : nos héros mais aussi Nynaeve, la guérisseuse du village au caractère grincheux et autoritaire, Egwene la fiancée d'enfance de Rand. Moiraine une Aes Sedai - femme détentrice du Pouvoir - fait irruption pour les emmener au loin, Lan le guerrier à la face impassible et Thom le ménestrel qui en sait toujours plus qu'il ne devrait... Une collection de personnage assez conséquente donc, mais à la mesure de la saga.

Alors que des rumeurs de guerres se propagent dans le petit village du Champ d'Emond, la terrible nouvelle tombe. Un homme s'est proclamé le Dragon Réincarné. Il peut utiliser le Pouvoir et a déjà commencé à lever des armées. Mais la souillure du Ténébreux est toujours présente après tout ce temps, et des nations se dressent pour l'affronter avant qu'il ne devienne fou et se révèle un imposteur, comme tous ses prédécesseurs. Des nouvelles excitantes pour les villageois avec leur vies tranquilles, bien qu'inquiétantes.

Bien qu'initialement le scénario soit assez classique et d'inspiration tolkienesque, il a quand même pas mal de particularités qui font de l'œuvre un monument à part dans la littérature fantasy.

Tout d'abord, fini les rôles féminins inutiles, juste là pour se faire sauver. On se trouve dans un monde ou les hommes ont causé la quasi-destruction du monde. Du coup ces derniers ont une réputation assez mauvaise : jouant les gros bras, pensant avec leur poils sur la poitrine, ils atteignent leur maturité bien après les femmes etc... celles-ci ont la plus grosse part des postes de pouvoir que les hommes. Ne serait-ce qu'il n'existe plus d'hommes Aes Sedai : au contraire ils sont chassés et exécutés dès la découverte de leurs pouvoirs pour éviter qu'ils deviennent fous. Bon point donc, des personnages féminins forts (et souvent fort en gueule même).

Ensuite la communication entre personnages... On peut résumer ça par trois mots : manque de confiance. Il existe tellement de parti, de superstitions, de peurs, de racontars et rumeurs que personne ne fait totalement confiance à personne, même entre alliés. Du coup on se retrouve avec beaucoup de situations ambigües et de secrets. Si on y réfléchi ça a du sens. Personne ne va annoncer de tout go qu'il compte vous manipuler, qu'il détient des pouvoirs colossaux, qu'il est maudit, qu'il/elle n'accorde pas d'importance à votre vie etc..

Pourchassé par les Trollocs, monstres à la solde du Ténébreux, ainsi que par des suppôts humains la troupe formée de bric, de broc et de bras cassés traverse la moitié du monde à la recherche d'un abri. L'objectif c'est Tar Valon, la cité des Aes Sedai, bastion de Pouvoir et de complots depuis deux mille ans et la première puissance mondiale. En chemin ils auront affaire à une cité maudite, croiseront un homme vivant avec des loups, tomberons dans le jardin d'une princesse par accident (si, si pour de vrai en plus). Ils croiserons un être de légende et se battrons même en pleine Désolation, le territoire impie où règne le Ténébreux. Car la prison enfermant ce dernier est entrain de faiblir, et ses plus puissants partisans sont déjà entrain de s'échapper pour regagner leur emprise sur le monde. 

Pour ceux qui auraient peur (à raison) de se lancer dans une saga d'une telle ampleur, sachez que le premier tome peut se lire à part, garantissant une "fin". Evidemment les aventures ne seront pas terminée mais on ne reste pas non plus en plein suspens, il y a résolution d'une partie significative de l'intrigue initiale. 

La Roue du Temps est probablement ma saga de fantasy préférée. Elle n'est pas dénuée d'imperfections, il y a évidemment quelques passages à vide, et le début est parfois long avant de démarrer. Cependant, c'est également celle ayant le plus de moment épiques, incroyables et qui m'ont le plus marqué. Certains personnages ont une volonté de fer et sont passionnants à suivre alors qu'ils tentent d'influencer le sort du monde. On a droit a un peu d'humour comme je l'aime et plus que tout on fini par tellement bien connaître et comprendre l'univers que l'immersion n'en est que plus grande.

Des critiques sur la suite de la série viendront, mais si vous terminez ce premier tome et son final grandiose je suis prêt à parier que vous ne pourrez pas ne PAS lire la suite.

Publié dans Fantasy, Favoris, Jordan

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