Le pouvoir de la craie

Publié le par Fred

Les légions de poussière écrit par Brandon Sanderson est un tome isolé de fantasy à l'univers totalement barré, destiné a un public plus jeune que ses autres écrits, autrement plus sombres et sérieux.

Ce tome de Sanderson est sans doute celui que j'ai eu le plus de mal à démarrer. Non pas que le style était mauvais, mais disons que le synopsis demande une grosse, grosse, grosse dose de suspension d'incrédulité.

En bref : il s'agit d'une école de magie à la Harry Potter au milieu d'une amérique refaçonnée à la sauce steampunk du XVIIIème siècle. Sauf que la magie ici, c'est de faire des jolis dessins à la craie. Ça donne de petit monstres 2D que vous envoyez casser la figure de vos adversaire et les manger de l'intérieur. Voilà. Je crois qu'avec ça vous avez pas mal compris l'idée. Et je vous laisse imaginer le plaisir que d'essayer de convaincre des gens dans une conversation sérieuse que c'est un bon livre tout à fait sérieux. Non, vraiment je vous jure !

Comme je suis masochiste (et bavard), j'ai décidé de faire profiter les heureux élus que vous êtes de ma rhétorique incomparable en vous convainquant de lire ce livre.
Voilà ! C'est ce que j'ai fait dans le paragraphe précédent. Pas mal hein ?

Bon...

Vous n'êtes toujours pas convaincus ? Alors voilà quelques pistes pour vous mettre l'eau à la bouche.

Joel et un geek pauvre orphelin pauvre associable et pauvre du XVIIIème siècle dans notre fameuse Amérique biscornue. Son délire c'est d'assister à des cours supplémentaires (j'avais prévenu, faut être crédule pour bien rentrer dans le livre). Mais pas n'importe quels cours, des cours de Rithmatique (et vlan, deuxième couche de ridicule dans le nom). Cours auxquels assistent principalement des aristocrates dont le bouton de manchette valent plus que sa maison. Juste que vous compreniez à quel point y'a un choque culturel inter-étudiants.

En fait, la Rithmatique est une science capitale. Au beau milieux des îles unies se trouve une tour tout ce qu'il y a de plus classique, sauf que des montres en sortent à intervalles réguliers, et tuent tout le monde. Les armes conventionnelles s'avérant inefficaces, les Rithmanciens (ciel, ce nom...) sont le seul rempart de l'humanité et luttent avec âpreté au service de leur pays.
Formés dans des écoles spéciales, ils apprennent toutes les techniques de formations et d'incarnation des montres de craie dans le seul but de servir à la Tour plus tard.
Basé sur un système de cercles défensifs dignes des plus grand démonologues, d'attaques visant à briser les défenses et de tout un jeu de créatures planes, avec leurs avantages et inconvénients respectifs, c'est une fois encore un nouveau et solide système de magie que nous a bâti ici Sanderson.

Bon tout ça c'est bien beau, et marche tant bien que mal dans notre nouveau monde fictif préféré jusqu'au moment ou des assassinats commencent à être perpétrés sur l'innocente jeunesse de l'académie. Et vu le déroulement des meurtres, c'est un Rithmancien (soupir) qui est responsable.
Joel devient sur un énorme coup de bol (et grâce à une ténacité monstre), quelque chose comme le troisième sous-assistant remplaçant chargé de l'enquête pour résoudre ces crimes monstrueux. Autant dire que que face à ce gamin, les méchants n'ont qu'à bien se tenir.
La partie serait gagnée d'avance pour Joel s'il n'y avait un tout petit problème de rien du tout... Joel n'est PAS Rithmancien. Voilà. Rien que ça.
Donc, en gros, en plus de se faire cracher dessus par la moitié de l'école parce qu'il n'est qu'un sale Moldu, il n'a absolument aucun pouvoir pour faire face au dangereux assassin qui cible les plus puissants et influents Rithmancien (je me ferais jamais à ce nom) du pays.

Mon avis :
D'un ton résolument plus léger que ses œuvres habituelles, Sanderson jongle une fois encore avec son imagination délirante à partir d'une idée loufoque. Fi de ces grandes épopées parfois très sombres et sérieuses qu'il a écrites, on est ici plongé dans l'univers fantasque où vit Joel.

J'ai un parti-pris énorme en faveur de Sanderson, qui vient principalement du fait que je n'ai jamais lu avant lui quelqu'un qui prend autant de plaisir à créer des univers magiques (parfois très étendus, parfois au sein d'un unique livre), de créer des règles cohérentes (passé le postulat de départ... vous savez, une légère touche de surnaturel), et de bâtir sa société entière autour de tout ça. Histoire, religion, philosophie, science, architecture tout y est décalé en fonction de cette magie fondamentale au monde fictif du moment. Du dépaysement pour le lecteur qui repart avec des étoiles pleins les yeux et un abonnement chez la fnac avant d'avoir eu le temps de dire "par carte bleue s'il vous plait".

Si comme moi vous aimez rendre malheureux votre portefeuille, lisez du Sanderson, et achetez des extensions de bibliothèque.

Ce livre n'est probablement pas le meilleur de l'auteur, mais certainement l'un des plus accessibles au lecteur néophyte (tant par sa relative petite taille que par sa (relative) complexité).

 

Publié dans Fantasy, Sanderson

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