Les Seigneurs des Runes

Publié le par Fred

La Douleur de la Terre est le premier tome de la saga Les Seigneurs des Runes. Ecrit par David Farland, ce très bon cycle de Fantasy est basé sur un système de magie original, poussé parfois jusqu'à un point extrême.

En bref : le monde est morcelé en petits royaumes farouchement indépendants. A la tête de chacun se trouvent une poignée de seigneur des runes : des nobles, hommes ou femmes disposant de capacités hors-normes. Les Runes permettent en effet de transférer certaines caractéristiques d'un individu à l'autre. Force, Intelligence, Charisme... autant de Dons sacrifiés par des gens du peuple auprès de leur seigneurs, chargés de les protéger.

Sauf que l'un deux, le Seigneur-Loup a décidé de recourir à la force pour engranger toujours plus de pouvoir, se renforçant à chaque ennemi vaincu. Sur son chemin, la jeune Iomé, princesse du plus vulnérable royaume, et Gaborn, seigneur des runes en visite, sont de bien pauvres opposants. Et pourtant ce n'est que le début d'un énorme conflit qui n'est pas près de se terminer.

Raj Ahten est le Seigneur-Loup. Il a extrait la force de centaines d'animaux, l'agilité de bien des hommes, le charisme des plus belles femmes, l'intelligence de dix sages, il dispose une mémoire parfaite. Il cherche à devenir un mythe du passé : l'Homme Total. Un dieu vivant pour l'humanité. Certes, le tyran a un nombre considérable de défauts, à la mesure de ses ambitions. Et c'est là un des points fort de cette saga. Le grand méchant à beau être un tyran machiavélique, ayant littéralement passé un pacte avec des démons et totalement assoiffé de pouvoir, il le fait pour sauver le monde d'une invasion de monstres non-humains. Rien que ça.

Pour parvenir à ses fins, Raj Ahten doit donc conquérir le monde entier, pour l'unir sous une même bannière, la sienne. Car soyons honnête, lui seul mérite pouvoir, richesses, honneurs (sans oublier un bon vieux harem) du grand unificateur. Non ?! C'est ce que pense également le royaume voisin de Mystarria : il faut stopper ce fou avide de puissance avant qu'il ne soit trop tard. Comment ? Et bien en s'alliant tous contre lui si nécessaire sous la bannière d'Orden, Seigneur des Runes du royaume de Mystarria. La première étape est simple, il suffit de marier son fils Gaborn à la princesse du royaume d'Heredon que Raj Ahten s'apprête à envahir.

Seulement voilà, il y a quelques soucis. Premièrement Gaborn a quelques principes, et les joies de l'intrigue politique ne l'enchantent guère. Surtout l'idée de faire un mariage arrangé en fait. De même pour Iomé qui a quelques réserves sur le fait d'être négociée comme une pouliche. Accessoirement, le fait qu'ils entament leur rencontre en plein milieu de l'invasion ne facilite pas les choses...

J'ai adoré les Seigneurs des Runes pour de nombreuses raisons. Tout d'abord les personnages, hauts en couleur. Et même si on voit venir certaines aventures (romantiques et autres) dix lieues à l'avance, il y a beaucoup de retournement surprenants, ou même en totale opposition avec ce que l'on croyait savoir. Initialement Gaborn et Iomé sont naifs et pleins de bonne intentions, ils vont devoir mûrir, et vite. Même le Seigneur-Loup fait la guerre au service d'un bien supérieur (selon son point de vu). La plupart des personnages sont loin d'être manichéens, ils évoluent aux contact des autres et disposent d'une histoire intéressante que l'on découvre progressivement.

Le système de magie lui même simple sur le principe à pour résultat pas mal de choses surprenantes. Par exemple, les Dédiés, c'est-à-dire les invalides volontaires qui sont devenus crétins, amorphes, incapable de se déplacer ou même de respirer sans aide, suite aux Dons qu'ils ont consentis. Il y a également les Diems, des historiens magiques qui fonctionnent par paires, utilisant des Dons mutuels pour retranscrire l'histoire du monde objectivement et qui épient chaque Seigneur des Runes. On trouve aussi des assassins spécialisés, qui après avoir reçu des Dons de métabolisme sont capable de bouger bien plus vite qu'un humain normal, mais qui sont condamnés à mourir d'un vieillissement accéléré... Même la guerre économique entre en jeu quand il s'agit de contrôler le métal magique qui permet de transformer un simple soldat en machine de guerre inarrêtable. On trouve également dans ce premier tome des Maraudeurs, cette menace non-humaine qui n'est qu'effleurée ici, mais qui plane autour de nos personnages, les forçant d'ores et déjà à réagir, car eux aussi peuvent utiliser les Runes. Toute la société est profondément modifiée par l'apport des Runes, et c'est fascinant de voir que l'auteur a poussé sa réflexion si loin pour obtenir un univers si élaboré.

Petit coup de coeur personnel pour la "bataille finale" de ce premier tome qui m'a totalement pris à la gorge par son rythme, et surtout sa tournure surprenante, et qui utilise si bien ces personnages que j'adore.Notamment Orden est le tyran implacablement cinglé le plus sympathique que j'ai jamais lu.

 

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