Pactiser avec l'ennemi

Publié le par Fred

La Lance du Désert est le deuxième tome du Cycle des Démons, écrit par Peter V. Brett. Dans l'ensemble un bon bouquin, mais j'ai un énorme problème avec ce livre (cf le titre).

En bref : dans le tome précédent nous suivions les aventures d'Arlen, de Leesha et de Roger. La guerre avec les démons prend de l'ampleur au moment ou l'humanité relève enfin la tête après avoir été motivée par nos héros. Trucider du démon à tour de bras est visiblement un bon moyen de devenir une légende vivante et de monter dans l'échelle sociale. On reprend l'histoire à ce moment, tandis que les hommes du désert sortent de leur isolationnisme pour lancer la guerre sainte contre les démons. En conquérant l'humanité dans un premier temps pour les unifier sous la sainte parole de leur chef, Jadir. On alterne les points de vue de nos héros (avec une prépondérance pour Leesha et Roger) et Jadir, avec des ellipses dans le passé pour nous narrer comment ce dernier est devenu le chef absolu de son peuple.

C'est ici qu'est mon gros problème avec ce tome. Je hais cordialement le personnage de Jadir et donc je n'ai absolument pas envie de voir les choses de son point de vue. Cette critique est tout sauf objective, mais ça m'est impossible ici. Rappelons au passage que Jadir était le meilleur ami d'Arlen, quasiment une frère dans la bataille, et que par soif de pouvoir il l'a dépossédé d'un puissant artefact, sali son nom dans la boue et finalement abandonné dans le désert pour qu'il y meure. En plus Jadir est un imbécile (littéralement décrit comme tel), musculeux et colérique, rancunier, jaloux, libidineux (harem à l'appui) et un fanatique de premier ordre, certain de détenir LA vérité absolue. Entre autre que tous les autres peuples sont inférieurs. D'ailleurs tous les non-guerriers sont encore un cran en dessous, et je ne parle même pas des femmes.

Alors oui, il est le produit de sa société, mais je n'ai pas envie d'avoir de l'empathie pour ce type. Chose qu'essaie de nous faire ressentir un tiers de ce livre en nous narrant son histoire. Fanboy d'Arlen, je conchie sur Jadir, une fois pour toute. Et du coup tout le livre en pâtit.

Maintenant que j'ai craché mon venin, passons à la suite. De nouveaux personnages  font leur apparition, parmi la noblesse comme la plèbe. Ma préférées c'est Renna, une jeune fille qui en a vu de dures, originaire du village d'Arlen et est bien déterminée à mettre le grappin sur Arlen. Car malheureusement ce tome est aussi l'apparition d'un genre d'un triangle amoureux avec Leesha. Jadir a décidé de baisser d'avantage dans mon estime en tentant de l'ajouter à son harem (là encore littéralement). Et parce qu'il est musclé et beau, ça passe plus ou moins bien (et du coup c'est elle qui baisse dans mon estime). Et c'est là le deuxième défaut de ce tome, le relationnel. A plusieurs moment, je me suis fait des réflexions du style "après que truc ait dit/fait ça à machin, il/elle va réagir comme ça" et en fait le contraire arrivait. De temps en temps ça fait une bonne surprise, mais là en fait y en avait trop : le comportement des personnages semblait incohérent et forcé pour rajouter des situations/sous-intrigues complexes. Dommage. Par exemple j'aimais bien Roger, mais ses dilemmes moraux polygames m'ont laissé froid. Oui oui, la polygamie est un sujet récurrent ici...

Cependant malgré tout le mal que j'en ai dit, le livre reste tout a fait correct : le style d'écriture est aussi bon que le précédent tome (meilleur même, l'auteur ayant pris de la bouteille), et on a pas totalement délaissé le noble héros tourmenté qu'est l'homme-Rune. J'ai limite envie de procéder à une ablation des testicules pour le voler à Renna tellement ce personnage me plait : encore une fois, tant de drama...

Entre Jadir et Arlen la rivalité s'intensifie encore, et leurs peuples mutuels se mettent à les appeler Libérateur, le héros prophétisé qui les libérera des démons. Evidemment Jadir a du mal à encaisser la chose ; même s'il ne sait pas l'identité de l'Homme-Rune il est bien décidé à le neutraliser. Globalement, on sent bien que le conflit prend de l'ampleur à la fois entre les guerres humaines et celles avec les démons. De réfugiés miséreux, les humains s'organisent progressivement en factions militantes de plus en plus déterminées. L'explosion finale du n'est pas loin.

Au final, si je l'ai nettement moins apprécié que le premier, ce tome reste tout a fait correct. Il fait transition avec le tome 3 qui s'annonce un compromis de points de vue entre le 1 et le 2. Je n'ai qu'une hâte c'est de voir Arlen botter les fesses de Jadir. Croisons les doigts.

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