Hors-Série : les Méchants dans la fiction

Publié le par Fred

Comment définir un bon livre ? Par le style de l'auteur (ou ce qu'il en reste après traduction) ? Par la qualité de l'intrigue ? Mais quand on commence à se familiariser avec le genre on n'est plus vraiment surpris... Par les nombreuses qualités vertueuses du héros et sa quête initiatique passionnante ? Pitié mon ego ne peut plus encadrer les chevaliers blancs stéréotypicaux. Non, bien souvent ce qui me tiens en haleine dans un bon livre c'est le méchant.

Cersei Lannister, personnage le plus unanimement adoré de Game of Thones (ou presque ?)
 
Parfois un simple prétexte pour faire avancer l'intrigue (sniff) le bon méchant peut devenir la raison pour laquelle on aime un livre. Puissance brute, subtilité, ruse ou haine implacable : autant de facettes que de cordes à leur arc maléfique.

Cet article a pour but de lister les différents types de héros méchants, avec ce qu'ils apportent à un récit (en plus de me permettre de m'auto-citer, mais ça je ne suis pas censé le dire).

 

Le Méchant Maléfique

Là c'est assez simple, l'adversaire suprême c'est le mal à l'état pur, ou tellement proche que ça ne fait aucune différence. Que ce soit une sorte de dieu noir quasiment immortel ou un simple être humain, ses pouvoirs sont colossaux, ses objectifs démesurés et de toute façon il se situe à l'opposé d'à peu prêt tout le monde.
On pense par exemple à Sauron, du Seigneur des Anneaux, mais aussi à Shaitan dans la Roue du Temps. Voldemort dans Harry Potter marche aussi bien qu'étant humain à la base, ses pouvoirs sans équivalent l'ont hissé au dessus du lot tout comme la Dame dans la Compagnie Noire.
 
L'avantage d'avoir de tels méchants est multiple. Il y a d'abord les enjeux : face à une telle menace, tout le reste passe au second plan. Rivalités et manigances passent à la trappe devant l'ampleur du méchant. Du coup on peut se permettre d'avoir (ou non) toute une palette de personnages pas trop manichéens que l'on opposera dans la bataille finale. Celle-ci se doit d'être dantesque pour offrir une résolution digne de son méchant. J'ai parlé du chapitre final de la Roue du temps qui fait la bagatelle de trois cent pages ? Oui, rien que ça...

Justement, ces méchants sont tellement puissants qu'il va falloir en général pas mal de monde pour les vaincre, et même ainsi ils seront rarement tués (ou ne resteront pas mort longtemps). On peut donc les rappeler par la suite, ce qui est très utile quand on investi du temps à décrire un personnage horrible.

Le problème évident qui s'impose, c'est qu'à cause de leur nature même on ne peut pas avoir la moindre empathie pour ces personnages, pire on ne comprendra même pas leurs plans le plus souvent. Enfin on ne peut pas tout avoir non plus !

Le Méchant Machiavélique

C'est souvent ce type d'anti-héros que je préfère. Le méchant a un plan bien ficelé, il a un objectif, et pour lui la fin justifie les moyens. Il est prêt à tout pour parvenir à ses fins. Il ne triomphera pas dans un grand rire machiavelique comme on a l'habitude de voir l'adjectif employé de travers, mais dans un léger ricanement satisfait. Tête froide, il est rusé, patient et justifie ses actions en dénigrant généralement des principes comme la moralité ou l'honneur : ce ne sont que des obstacles sur le chemin de la réussite. Par sa capacité à viser grand en s'affranchissant de ces notions, il prend plaisir à jouer avec ses ennemis et c'est ce qui le rend si intéressant (même si cela causera souvent sa perte).
 

On peut citer Hannibal, le cannibale suprêmement intelligent et subtil, le Baron Vladimir Harkonnen de Dune et son plan s'étalant sur des années, le magicien Vilgefotz dénué de toute moralité du Witcher. L'Empereur Palpatine mérite également une mention avec son plan d'ascension au pouvoir en trois films (quand même !). Bon après niveau contrôle des émotions et se restreindre dans sa jubilation ce n'est pas trop son truc...
 
Ces méchants sont bien distingués des gens "normaux" dont ils sont en général les ennemis (qu'ils les mangent, les sacrifient ou conduisent des expériences horribles dessus). Ils mettent tout le monde d'accord, il faut les arrêter. Très proches en général des méchants manipulateurs, ils sont cependant moins discret et plus dans la préparation de leurs plans retors.

Le Méchant Manipulateur

Fi des pouvoirs ou des plans véritablement subtils, on s'attaque ici aux méchants qui sont haïssables par leur duplicité pure et dure. Souvent proches du/des héros, ils se font passer pour ce qu'il ne sont pas. Qu'ils dupent notre personnage favori ou simplement le reste du monde (et viennent ensuite narguer notre héros parce que tout le monde est tombé dans le panneau), la manipulation est leur point fort. 
 
On pense par exemple au détestable Royal dans l'Assassin royal, dont tout le monde croit qu'il est un noble et bon prince et qui en fait tente régulièrement d'assassiner le héros pour assouvir ses envies de pouvoir. Un personnage finalement très similaire au prince Celimus du Dernier Souffle. Je citerais aussi le Papet et Ugolin dans Jean de Florette qui se font passer pour les meilleurs amis du héros alors qu'ils le conduisent à la ruine puis la mort. Il y a également le pirate Long John Silver de l'Île au trésor qui arrivera, même à la fin, à duper les personnages principaux (en vrai j'ai beau être un meurtrier unijambiste mais j'ai eu une enfance difficile et je suis un type bien). Mon préféré est sans doute Anasurimbor Kellhus (quel nom à coucher dehors cependant...) qui dans la trilogie Le Prince du Néant convainc tout le monde qu'il est l'élu d'une prophétie. Il l'est peut être bien mais reste quand même le plus grand manipulateur implacable que j'ai lu, méritant presque sa place dans la catégorie machiavélique tant il est bon.
 
Nous autres lecteurs savons ce qu'il en est à propos de tels personnages, aussi l'auteur joue avec notre frustration. A chaque fois qu'un personnage est dupé on a envie de lui crier qu'il s'est fait avoir comme un bleu. Pire est la tromperie, plus le processus se répète et plus la victime nous est chère et plus on sent une veine palpiter de rage à notre tempe. Dans ces cas là moi je lis le livre dans l'espoir que la supercherie soit éventée et qu'enfin le salopard de première en prenne pour son matricule.

Le Méchant Monstrueux

Qu'il ne soit pas humain ou qu'il l'ai été ; par accident, choix délibéré ou par nature, le méchant monstrueux est le plus facilement identifiable de tous. Particulièrement populaire dans les genres fantastique ou carrément horreur, c'est une menace claire, bestiale qui nous terrifie et nous fait froid dans le dos.
 
Cela peut provenir de son aspect même, comme les Harpies de Ki & Vandien, les vampires tels Dracula ou les loup-garous (les velus pleins de crocs, hein, pas ceux au torse huilé de Twilight). Des monstres devenus classiques de nos jours et dont l'appétit de chair humaine est bien connu. Le monstre peut avoir été créé artificiellement comme le terrible Gritche de Hypérion, créature recouvertes de pics de métal, genre de Terminator maîtrisant le temps. Ou pire s'être créé lui même. Je pense par exemple aux Spirites du Prisme noir, refusant de mourir et utilisant leur magie pour s'améliorer au prix de leur humanité, ou encore à tous les savants fous dont les expériences se sont retournées contre eux.
 
 
Les méchants monstrueux sont révélateurs de notre société et de nos pires pulsions. Fantasmes sanglants, ils sont le prétexte à l'accomplissement des pires actes que l'on peut imaginer. La vie humaine n'a que peu de valeur pour eux, ils créent une menace directe et viscérale qui nous révulse. Le pire étant ceux narrés du point de vue du personnage, quand ils se transforment en monstres et prennent conscience de leur malédiction.

Un autre avantage possible quand on dispose de tels méchants, c'est que l'on peut justifier tous les traitements qu'on leur inflige. Un juste retour de bâton en somme puisque eux-même font preuve d'une telle démesure dans la sauvagerie. Les pires massacres, génocides, tortures ou jeux sadiques deviennent acceptables si ils en sont la cible. Vous ne me croyez pas ? Quand avez vous ressenti la moindre empathie pour un zombie de the Walking Dead ?! Si vous réalisez que les méchants monstrueux sont en fait des métaphores des pires cotés de l'humanité, soudain leur traitement violent prend une ampleur sans précédente...

Le Méchant "Mhaineux"
(J'étais à court d'adjectifs en 'M' donc j'écris ce que je veux !)

Dernière grande catégorie de mon petit classement, les méchants qui se définissent par leur haine. Que ce soit pour une bonne raison ou un prétexte cinglé issu de leur esprit dérangés, ces méchants haïssent le héros, la société en général ou le chocolat. De tels personnages peuvent être mauvais par nature comme Voldemort ou les Nazis (très populaires ces temps-ci pour bâtir des méchants bien détestables sans efforts, que tout le monde sera d'accord pour mépriser et qui pourrons accomplir les pires actions par haine). Mais ils peuvent également être des enfants ayant mal tournés, des victimes de traumas les ayant marqués à vie, des êtres différents, méprisés, conspués jusqu'à ce que la lie dont ils ont été victime remonte à la surface et donne naissance à une haine sans pareille. 
 
Je pense par exemple au célèbre Dark Vador, ayant sombré dans le mal pour sauver la femme qu'il aime. Mais aussi au mutant le Mulet de Fondation, un être difforme qui change les émotions des gens pour se faire adorer et se venger de ceux qui l'ont méprisés ; à Darken Rahl le grand méchant de l'Épée de Vérité dont on apprend rapidement que son père a été tué sous ses yeux et que lui même a été défiguré durant l'enfance,  à Harvey Double Face, un autre ennemi cinglé de Batman etc...
 
Poussés par la haine, ces personnages tout comme les méchants machivéliques ne se satisfont pas d'une simple victoire contre leur Némésis. Ils ne peuvent pas s'en contenter : leur haine les pousse à vouloir plus. Cela donne souvent des situations étranges, des plans surréalistes, voire même totalement illogiques dans le seul but d'obtenir la quintessence de leur revanche. Parfois ces anti-héros sont tellement prêt à tout pour parvenir à leur but qu'ils se sacrifient volontairement. Démesurés. Démentiels. Des personnages faillibles qu'on ne comprend pas toujours, mais oh combien passionnants !
 

Conclusion

Si leur nature même de mauvais personnage les pousse généralement à ne pas survivre à leur aventures, les méchants sont bien souvent au cœur même de l'histoire. Parfois plus intéressants ou mémorables que les héros, ils sont le centre de bien des œuvres. Là où l'auteur parsème son récit d'une tripotée de personnages drôles, attachants, d'aventuriers ou de pécores élus de la prophétie, il n'y a souvent qu'un seul véritable adversaire d'envergure.
Ce seul fait les rend plus important à nos yeux, plus iconiques. Érigés au rang de symboles, qu'ils soient fous comme un Joker, ou victimes d'un destin sombre, un fait reste : ils marquent nos esprit.

D'ailleurs depuis une vingtaine d'année les stéréotypes de chevaliers blancs sans défauts sont passés à la trappe au profit des anti-héros sombres et tourmentés. Que ce soit en fantasy, en romance ou SF, nos héros ont de plus en plus de défauts, de faiblesses. Ils font des erreurs, parfois dramatiques, succombent à leur penchants obscurs et luttent contre leur nature même, c'est ce qui les rend si intéressants selon moi. Prenons par exemple la prelogie Star Wars : malgré ses défauts quasiment tout le monde l'a regardée, et la Revanche des Siths est généralement reconnu comme le meilleur des trois films. Pourtant la trilogie entière raconte la chute d'un héros vers le mal, et le dernier étant de loin le plus sombre, s'achevant dans l'échec d'Anakin Skywalker, submergé par la haine pour devenir le méchant le plus emblématique du cinéma.
 

Dark Vador - Star Wars

L'idée de cet article m'est venue en regardant le dernier Star Wars en date, Rogue One, dont les "gentils" m'ont laissé globalement indifférents. En revanche, la salle entière à retenu son souffle lorsque a retenti le souffle mécanique de Dark Vador. En quelques secondes à l'écran il m'a plus marqué que les personnages principaux, gentillets et (plus ou moins) drôles.
 
Un bon méchant nous fait passer un bon moment et c'est pour ça qu'il faut rejoindre le coté obscur !
 

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