L'ile Mystérieuse

Publié le par Fred

couverture l'île mystérieuseUne fois n'est pas coutume, aujourd'hui on va parler d'un classique de littérature française : l'île Mystérieuse de Jules Verne.

En bref : en pleine guerre de Sécession, cinq prisonniers que l'épreuve rapprochent réussissent à s'évader... en montgolfière. Jusque là chapeau, sauf qu'ils n'ont pas le moindre contrôle sur l'engin et se retrouvent paumés en plein océan Pacifique.
Finalement le ballon a une fuite et ils font naufrage sur une une petite île perdue. Armés du contenu de leur poches et de leur matière grise, ils vont tenter de survivre dans un premier temps et ensuite se procurer tout le confort dans leur parfaite petite utopie improvisée. Des pirates passant dans leur coin et un certains nombres d'événements mystérieux vont leur gâcher le plaisir (et sérieusement leur compliquer la vie). Une œuvre typique de Jules Verne, avec ses qualités et ses défauts habituels !

Globalement j'ai bien aimé lÎle mystérieuse. C'est une ode à la débrouillardise humaine, un mélange de Robinson Crusoé avec Seul sur Mars, le tout à la sauce XIXème siècle. En somme un très bon bouquin si l'on exclu les "mais". Et au final il y en a quand même un paquet, ce qui fait descendre l'œuvre culte du statut de géniale à celui bien moins cool de "mouais correct". Mais commençons par le commencement.

Du côté des plus, on a de l'aventure et des péripéties. Il ne s'agit pas que d'un guide de survie, il y aura de l'action et des combats, qu'ils soient livrés par les armes contre des pirates, des animaux dangereux du coin ou encore les éléments déchaînés.
On a également une bonne palette de personnage auxquels ont peut s'identifier (sauf évidemment si vous êtes une femme, pas de bol, hein ?).
On trouve aussi de la méthode, des explications rigoureuses (et quasiment toutes correctes) sur pas mal de petites énigmes scientifiques - ce qu'est au final la survie sur une île déserte - avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de mise en pratique. Les personnages sont gentillets et attachants dans l'ensemble.
Enfin Verne a su intégrer des éléments de ses autres livres (un en particulier) dans un hommage drôlement bien fait (sans spoiler) et très cohérent avec les péripéties de nos personnages en plus. C'est à peu prêt tout pour les bons points (c'est pas si mal  me direz-vous). 

On en arrive donc aux défauts selon moi. Le plus important peut se résumer en une phrase accrocheuse digne d'un combat de lutte et que j'intitulerais "Cyrus Smith (catégorie Ingénieur lourd-léger) Vs The World (catégorie planétoïde ringard)". En fait c'est là que ça se gâte. N'essayez pas de comptez les points, je vous l'annonce tout go, Cyrus Smith gagne par KO à la 7ème reprise, malgré des assauts allant crescendo de la part de la petite planète bleue. Même son va-tout final, certes impressionnant n'aura pas perturbé longtemps son adversaire !
Plus sérieusement, ce livre doit être la moitié de la raison à lui tout seul pour laquelle la France idolâtre les ingénieurs. Le gentil Cyrus par exemple est un expert en botanique, géologie, mathématiques, histoire, physique, et climatologie. C'est en outre un as de ses dix doigts capable de vous monter un meuble ikéa sans les vis, un combattant hors-pair et un meneur charismatique. Moi, ça m'a semblé un tantinet exagéré, et du coup un peu agaçant à la longue. Pas étonnant que les autres personnages soient en admiration devant lui.

C'est là le deuxième soucis : l'histoire et la science sont peut être bien narrés, mais Verne n'a pas réussi une fois encore à nous donner des personnages intéressants. Pour faire simple ceux-ci sont plats (tous). Gentils (idem). S'entendent parfaitement en toutes situations et vivent quasiment un rêve américain en repartant de zéros. Pas d'enguelades, de conflits, de doutes, d'ennui, de paresse, de jalousie, rien de rien de rien ! Ils sont ba-ba d'un bout à l'autre, et faute de compagnie féminine ils reportent leur affection les uns sur les autres dans des dialogues d'une gentillesse navrante de (trop) bonne entente.

Dernier point mais non le moindre comme se plaisent à dire nos amis les anglais, Jules Verne est un auteur du XIXème siècle, avec le style particulier que cela implique. Le vocabulaire et le phrasé ont un peu vieillit soyez en averti, même si le tout reste facilement lisible. Quelques expressions obsolètes vendent la mèche mais c'est à peu près tout. Le personnage de Nab, le seul noir de l'équipe est assez délicat : Verne a tenté de le rendre sympathique, mais il est décidément trop issu de son époque pour réussir à s'absoudre d'une paternalisme condescendant à son égard (même s'il essaie, il faut lui concéder ce point).
Non le vrai problème de Verne est - et a toujours été - les femmes. Si je devais me fier à la lecture de l'île mystérieuse, je serais sûrement curieux de rencontrer cet animal mythique. Pas de misogynie explicitement mise en avant dans le texte, si ce n'est par une totale absence de la gente féminine. Un pur dénigrement par l'indifférence de l'auteur !

Enfin, si on arrive à replacer le livre dans son contexte, il reste malgré tout un livre d'aventure des plus correct. Trop d'auto-complaisance des personnages et un style vieillot des personnages ne ruinent pas totalement ce livre. Malgré son épaisseur je le recommande donc plus aux jeunes lecteurs avides de découvrir le monde et qui n'attachent pas encore trop d'importances aux tourments de l'âme humaine ou à la condition féminine (outch...).

Publié dans Divers

Commenter cet article