La guerre des dieux commence

Publié le par Fred

Couverture l'œil briséL'Œil Brisé est le troisième tome de la saga du Porteur de Lumière de Brent Weeks. Les critiques des premiers et deuxième tomes sont disponibles respectivement ici et . Attention, aux spoilers si vous ne les avez pas encore lus.
 
En bref : dans le tome précédent on a laissé le Prisme Gavin Guile réduit en esclavage par des pirates et privé de ses pouvoirs, son fils Kip, capturé par son demi-frère qui ne rêve que de pouvoir tandis que le vieux Andross Guile s'apprête une fois encore à tirer les ficelles du monde entier pour arranger les choses à sa guise. Pendant ce temps le Prince des Couleurs recherche parmi ses Créateurs les plus puissants d'entre eux (et surtout les plus fidèles) ceux qui iront incarner les nouveaux dieux (au sens propre).
Autant dire que la situation de tous est précaire ! Les membres du corps d'élite, la Garde Noire vont devoir choisir leur fidélité entre le Prisme, le Blanc mourant et leur propre survie.
 

Ce tome voit véritablement l'émergence réelle de plusieurs personnages comme Kip et Teia, qui passent au premier plan. Se contentant par le passé de suivre les instructions (allant de "te fait pas remarquer" à "tue telle personne") ils ont bien progressés et commencent véritablement a avoir de l'importance et de l'influence sur les titans de ce monde. Le bâtard et l'esclave sont plongés dans les méandres de la politique et ils devront compter sur leur ruse (ou leur grande gueule !) pour s'en sortir. Le Garde Noir Poing de Fer gagne encore en envergure et background pour notre plus grand plaisir

On s'intéresse d'avantage aux intrigants politiques, garant impitoyables du dogme que sont les Luxats. Mon préféré étant désormais Andross Guile par son ambiguïté : homme de l'ombre, manipulateur sans cœur, profondément pragmatique, chef de guerre déterminé à sauver le monde, grand père fidèle avant tout à sa famille, monstre d'orgueil et de colère... il oscille constamment entre ces rôles et on ne sait jamais ce qu'il va faire.

Karis, femme du Prisme et Garde Noire d'élite s'émancipe enfin (en partie) de son rôle de protectrice dévouée pour passer à celui de femme indépendante : déterminée à sauver ceux qu'elle aime certes et à faire son devoir. Mais plus depuis l'ombre du Prisme ! Cette fois elle va mettre la main à la pâte.
 
Ce tome voit l'apparition au premier plan de l'Oeil Brisé, cette organisation d'assassins fanatiques opposés à la Chromerie et au Prince des Couleurs. Avec leurs propres objectifs et leur propre religion, ses membres sont bien déterminés à changer le monde depuis l'ombre... et tant pis s'il faut écraser quelques personnes ou déclencher des guerres pour obtenir la victoire.
 
Au centre des objectifs de ces factions se trouvent deux artefacts très puissants. Le Couteau aveuglant, une arme capable de voler les pouvoir d'un Créateur, de faire et défaire un Prisme. Il y a aussi les Cartes Noires, ces objets magiques révélant la vie (et TOUS les secrets) d'une personne à son détenteur : un outil capital dans un monde divisé ou l'information c'est le pouvoir de vie ou de mort sur ses ennemis.
 
Le manichéisme du début du cycle commence ici sérieusement à être remis en question, en même temps que la philosophie de la Chromerie. Tous les camps mentent, manipulent, usent de propagande, ont leur gardes fous idéologiques. On ré-entend plusieurs fois les mythes fondateurs de la société "moderne" de ce monde, chaque fois d'une façon différente et on se demande qui a raison... ou plutôt qui ment le moins !
 
Seul point négatif à mon sens : le rythme s'est légèrement ralenti et l'action pure à été partiellement remplacée par la magouille. Partiellement seulement, il y a plusieurs bonnes surprises avec leur dose de folie à base d'adrénaline. L'auteur tente visiblement d'accroître la complexité de son univers à la façon d'un Dune ; on en est encore loin, certes, mais l'on n'est plus non plus au niveau de son premier tome de l'Ange de la Nuit (que j'ai adoré, mais qui, avouons le, ne brille pas par sa subtilité). Le final en revanche est encore plus explosif que les précédents tomes, je ne me suis pas ennuyé une minute, surtout avec les révélations des dernières pages.

L'humour a également évolué : il y a encore pas mal de blagues plus ou moins subtiles (corrosives à décaper un parpaing parfois) dans les interactions entre les personnages (Kip et Andross notamment, leurs rencontre sont toujours... surprenantes !), mais globalement, c'est du sérieux. Après tout, les enjeux empirent régulièrement et il ne fait décidément pas bon vivre d'être un gai luron à la répartie foudroyante dans un monde ou tout le monde veux vous tuer ou vous manipuler.
 

Publié dans Fantasy, Weeks

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