Les enfants de la conquête

Publié le par Fred

Les Enfants de la Conquête par Celia S. Friedman est un livre de Science-Fiction avec une facettes psychologique très poussée, en particulier une relation amour/haine de soi et des autres.

En bref : l'espace galactique est vaste, mais pas tout à fait assez. Deux empires se le partagent, s'affrontant sans merci depuis des siècles. D'un côté, les Braxans, peuple fier issus de tribus antiques glorifiant la guerre, ils ont évolués par goût du pouvoir et se sont tournés vers l'espace. Ils sont les garants d'une société traditionaliste, statique même où ils représentent un idéal physique, intellectuel et moral : presque des dieux pour les gens du communs qui leur obéissent servilement. Leur adversaires, l'empire Azéen représente leur opposé. Prônant la diversité et la liberté, ils se sont améliorés génétiquement jusqu'à rivaliser sur tous les plans avec leurs ennemis de toujours. Avec un plus : les talents psychiques qui sont abhorrés par les Braxans. On suit ici l'histoire de Zatar, puissant Braxan et de Anzha Lyu une fille télépathe mais rejetée d'Azéa. Tous deux vont détenir le destin de leur peuple entre leurs mains, dans un affrontement de volonté, nourrit par la haine, renforcé par une compréhension mutuelle : des Némésis que tout oppose...

Les Enfants de la Conquête c'est une des meilleures histoires de SF de ces dernières années, et en même temps c'est un récit profondément dérangeant qui nous est raconté.

La guerre, pour le plaisir de la guerre. Des rivaux qui sont plus complices qu'ils n'arrivent à comprendre leurs alliés. L'amour et la haine si proches que les frontières entre les deux deviennent floues. Deux sociétés que tout oppose mais également répugnantes de notre point de vue d'occidentaux modernes. L'une basée sur la suprématie des hommes, en particulier une élite vantant les mérites de l'arrogance, de l'élimination des "faibles" pour purifier la race et ayant droit de vie et de mort sur ses sujets. L'autre plus libérale et "meilleure" au premier abord jusqu'à ce que l'on se rende compte que elle rejette toute différence dans la haine et le mépris, et que les talents para-psychologiques suppriment toute vie privée et libre arbitre lors de véritables viols mentaux.

Pas de bien ou de mal ici, mais un conflit d'envergure entre deux peuples très différents malgré tout. On suivra l'ascension de deux individus que tout oppose vers des positions de pouvoir, courant le plus vite qu'ils le peuvent vers une confrontation totale.

L'auteure à fait un travail de recherche poussé pour rendre son univers plus crédible. Que ce soit au niveau des quelques aventures spatiales (très prenantes et vécues comme de réels challenges), ou au niveau de ses sociétés (l'impact des pouvoirs psy surtout).

Nos deux héros sont profondément humains dans leurs défauts et leurs épreuves. Lui à tout du prince charmant (si on exclu la mentalité suprématiste néo-nazie), elle est un peu plus sympathique, sauf qu'elle a été tellement traumatisée dans son enfance et par ses pouvoirs qu'elle n'est plus capable d'aucune émotion positive.

De ce point de vue il peut être donc assez difficile de s'immerger dans ce roman. Cependant, si votre suspension d'incrédulité est à la hauteur de votre capacité à éprouver de l'empathie pour les personnages, alors vous ne serez pas déçu : rarement on a dépeint avec tant de puissance une palette d'émotions aussi intense. En un sens le côté SF n'est qu'un prétexte pour y insérer toutes ces sociétés et ses personnages extrémistes. Un bon prétexte cependant, on ne le répétera jamais assez, la SF n'a pas besoin de gros laser pour être de la bonne SF !

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