Best of Books n°1 : The Gathering Storm

Publié le par Fred

Depuis un moment j'envisage une série d'articles sur les moments que j'ai préféré dans les livres relus récemment. J'ai fini par craquer, voici donc le premier Best of Books, n'hésitez pas à indiquer dans les commentaires votre scène favorite.

L'extrait est de la série La Roue du Temps (critique du tome 1 ici), le tome 12 The Gathering Storm écrit par Robert Jordan et complété par Brandon Sanderson. Il n'existe pas de version française à ce jour, aussi j'ai tenté une traduction un peu plus loin : soyez indulgents, le passage est évidemment bien meilleur en VO.

Dans cette scène on trouve Rand, le héros, littéralement élu de la prophétie annonçant qu'il doit sauver le monde et mourir se faisant. Il discute avec Nynaeve, une des rares amies qui lui reste après tout ce qu'il à fait pour unifier le monde contre son gré. Rand vient de lui expliquer qu'il doit considérer même ses amis comme des outils et elle tente une fois de plus de le convaincre de "s'adoucir" un peu. Bonne nouvelle c'est sans spoiler.

"Oh, Rand," she said, turning away. "This thing you have become, the heart without any emotion but anger. It will destroy you".
"Yes," he said softly.
She looked back at him, shocked.
"I continue to wonder," he said, "why you all assume that I am too dense to see what you find so obvious. Yes, Nynaeve. Yes, this hardness will destroy me. I know."
"Then why?" she asked. "Why won't you let us help you?"
"When I was much younger, "he said, voice soft, "My father told me about a mountain so high that no man have ever climbed it. Not because it was impossible - but because reaching the top would take every last ounce of strength a mad had. So tall was the mountain that besting it would be a struggle that drained a man completely."
He fell silent.
"So?" Nynaeve finally asked.
He looked at her. "Don't you see? The stongest and wisest explorers knew this. So they never climbed this mountain. They always wanted to, but they waited, reserving that trip for another day. For they knew it would be their last."
"But that's just a story, "Nynaeve said. "A legend".
"That's what I am, "Rand said. " A story. A legend. To be told to children years from now, spoken in whispers." He shook his head. "Sometimes you can't turn back. You have to keep pressing on. And sometimes, you know this climb is your last.
"You all claim that I have grown too hard, that I will inevitably shatter and break if I continue on. But you assume that there needs to be something left for me to continue on. That's the key, Nynaeve. I see it now. I will not live through this, and so I don't need to worry about what might happen to me after the Last Battle. I don't need to hold back, don't need to salvage anything of this beaten-up soul of mine. I know that I must die. You all will deal with what comes next.

Ma pauvre tentative de traduction :

"Oh, Rand," dit-elle en se retournant. "Cette chose que tu es devenu, un cœur de pierre sans émotions excepté la colère. Ca te détruira."
"Oui, " dit-il doucement.
Elle le regarda, choquée.
"Je continue à me demander," dit-il " pourquoi vous présumez tous que je suis trop têtu pour comprendre ce que vous trouvez tous si évident. Oui, Nynaeve. Oui, cette dureté me détruira. Je sais."
"Alors pourquoi ?" demanda-elle. "Pourquoi ne nous laisse-tu pas t'aider ?"
"Quand j'étais bien plus jeune, " répondit-il d'une voix douce, "Mon père m'a raconté l'histoire d'une montagne si haute qu'aucun homme ne l'avait escaladé. Pas parce que c'était impossible - mais parce qu'atteindre le sommet aurait requis absolument toutes les forces qu'on homme peut rassembler. Si haute était la montagne que la vaincre serait un combat qui viderait complètement les forces d'un homme."
Il se tu.
"Et donc ?" demanda finalement Nynaeve.
Il la regarda. "Ne vois-tu pas ? Les plus forts et les plus sages des explorateurs connaissaient le prix à payer. Aussi ils n'ont jamais escaladé la montagne. Ils voulaient le faire, mais ont toujours attendu, gardant ce voyage pour un autre jour. Parce qu'ils savaient que ça serait leur dernier."
"Mais ce n'est qu'une histoire," dit Nynaeve. "Une légende."
"C'est ce que je suis," dit Rand. "Une histoire. Une légende. A raconter dans un murmure aux enfants dans quelques années." Il secoua la tête. "Parfois tu ne peux pas abandonner. Tu dois continuer à avancer. Et parfois, tu sais que ça sera ton dernier voyage.
"Vous prétendez tous que je suis devenu trop dur, que je finirai fatalement par me briser si je continue comme cela. Vous faites tous l'erreur de penser qu'il doit rester quelque chose de moi à la fin. C'est la clé, Nynaeve. Je le vois maintenant. Je ne survivrai pas à tout cela, par conséquent je n'ai pas besoin de m'inquiéter de ce que je deviendrai après l'Ultime Bataille. Je n'ai pas besoin de me retenir, pas besoin de sauver quoi que ce soit de mon âme tourmentée. Je sais que je dois mourir. Vous tous devrez faire avec ce qui viendra après.

J'ai probablement vu un peu gros pour commencer cette série, mais ce passage fait parti de ceux qui peuvent me trotter dans la tête quand je cherche quel livre lire ensuite, me criant silencieusement "relis-moi, relis moooiiii !"

Ce moment est pour moi la parfaite illustration du personnage de Rand. Être l'élu des prophéties et sauver le monde est une bien bonne chose... en light fantasy. Dans un monde plus réaliste, la moitié des gens ne vous croient pas ou ont trop peur pour réagir. Les gens sont divisés, agressifs, farouchement indépendant et vous devez prendre constamment des décisions difficiles, décider qui doit vivre et qui doit mourir. Rand ici a perdu son innocence depuis longtemps, il s'est endurci, encore et encore pour être à la hauteur de la tâche qui lui incombe, ne voyant pas d'autre moyen de réussir. Ce faisant il a perdu quasiment toute humanité, agissant comme un tyran impitoyable, avec l'argument jamais aussi vrai, mais toujours aussi impitoyable "pour le bien de tous".

Un passage totalement mémorable après 12 tomes à suivre les aventures de nos héros, gagnant toujours plus d'importance mais ce faisant toujours plus de responsabilités, pour un fardeau toujours plus difficile à porter.

C'est le genre de lignes qui fait que pour moi la Roue du Temps est une des meilleures séries de fantasy au monde. Elle a certes un petit paquet de défauts, des longueurs dans certains tomes du "milieu" de cycle, mais les moments épiques, touchants, grandioses ou triste sont légion. Je pourrais écrire 3 articles par tomes pour y exprimer à quel point ils sont géniaux, mais je passerai pour un fou obsessionnel. Aussi je vais m'abstenir.

...

Comment ça, trop tard ?

 

 

Publié dans BoB, Hors-serie

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Carole94p 09/12/2016 13:14

Belle traduction ! Je ne dirais pas que je me lancerais dans un si long cycle, mais l'extrait donne envie ;)

Fred 09/12/2016 17:37

Non bien sûr, la Roue du Temps c'est un sacré morceau. J'en mettrai d'autres bientôt au fil de mes lectures !