Le Silmarillion

Publié le par Fred

Couverture SilmarillionQuand on parle de J.R.R Tolkien, on pense généralement au Seigneur des Anneaux, à Bilbo le Hobbit et à leur adaptations plus ou moins réussies (!) mais rarement on entend parler du Silmarillion, œuvre maîtresse mais difficilement abordable qui est un peu le grand livre d'histoire de ce qui allait devenir la Terre du Milieu.
 
En bref : Le Silmarillion est un ensemble de courts récits écrit par Tolkien père et rassemblés après sa mort par son fils. On y découvre plusieurs millénaires d'histoires, de la création du monde jusqu'aux événements précédant le Seigneur des Anneaux. Illuvatar créa le monde avec l'aide des autres Dieux, mais l'un d'eux, Melkor (grand patron de Sauron) était jaloux de cette création et décida de la corrompre en s'en emparant. Le récit principal s'axe autour des tentatives de reprendre à Melkor deux joyaux incomparables, les Silmarils, contentant (littéralement) l'essence du soleil et de la lune. Et, accessoirement, l'histoire des Elfes, Nains et Humains, leur apparition, leurs premières guerres, quelques prophéties, beaucoup d'histoires d'amour dramatiques, de peines et de souffrances. Si vous vous êtes déjà demandé qui est réellement Gandalf derrière sa barbe, où se barrent les elfes sur leurs grands navires pour ne plus revenir, pourquoi Aragorn à soixante ans est toujours assez vif pour tailler en pièces des orcs, et pourquoi on parle de Terre du MILIEU alors qu'il n'y a rien à l'ouest, ce livre est fait pour vous.
 

Le premier constat quand on lit le Silmarillion est toujours le même : c'est un livre difficile à aborder, tant à cause de la forme que du fond. Concernant la forme on ne peut pas vraiment y redire, outre le style qui à forcément vieillit, le pauvre Tolkien est mort avant d'achever son œuvre. Comme beaucoup d'autres textes du même auteur, le Silmarillion est en fait un recueil de nombreux récits étalés dans l'écriture sur une longue période. Parfois l'auteur à changé ses idées et on a même quelques incohérences (principalement des changements de noms). Ensuite quand on attaque une histoire étendue sur plusieurs millénaires, avec plusieurs centaines de personnages (même si certains ne sont que cités au passage), comprenant entre autre la cosmogonie, l'exil du paradis, les premières guerres et qu'on suit ensuite des épopées sur plusieurs générations il faut s'accrocher !

Heureusement pour nous, le livre comporte à la fin un certain nombre d'annexes très utiles (pour ne pas dire indispensables). A commencer par une carte du monde, un index des noms propres et même quelques lignées des principaux protagonistes du récit. Ouf !
 
Mais alors face à tant d'obstacles pourquoi lire un tel roman me demanderez-vous ? Pour sa richesse principalement. En plus des nombreuses explications et précisions qu'on aurait pu vouloir dans Bilbo ou le Seigneur des Anneaux, le Silmarillion est une œuvre dense qui nous embarque dans un monde bien différent du nôtre. Les enjeux, les amitiés, rivalités, haines et autres sentiments se développent sur des années. La destinée souvent est une incroyable garce qui s'obstine à ruiner la vie de nos héros. Des guerres, des amours (mal)heureux et du drama, que demander de plus ?!
 
Il faut aussi noter que c'est un des livres les moins manichéens de Tolkien (si on excepte le grand méchant Melkor). Les Elfes par exemple ne sont plus ces grands pétunias palots aux oreilles pointues et à la sagesse millénaire (logique, ils sont encore jeunes remarquez). Il y en a certes des bons et nobles (chiants quoi), mais beaucoup sont dévorés d'ambitions, de curiosité, d'orgueil ou de jalousie. On citera par exemple Fëanor, Elfe génialissime (et dangereux) créateur des Silmarils maudit par ses actes et qui tente de se racheter dans les râles de son agonie. Les Nains sont fidèles à eux même avec leur côté grognon, et on comprend l'origine de leur vendetta sanglante avec les Elfes. Enfin les hommes ont la part belle quand il s'agir de faire des erreurs aussi dramatiques qu'héroïques. Le lai de Luthien et Beren les amants Elfe et Humain maudit brièvement cité dans le Seigneur des Anneaux est détaillé ici. Honnêtement Roméo et Juliette n'ont qu'a bien se tenir ! Idem pour le royaume humain Numenör, dont Aragorn est le descendant, et dont la vanité décrié par Elrond a causé la chute spectaculaire...
Là où les autres romans de Tolkien se dirigent vers une happy end, au contraire le Silmarillion est bien plus sombre. Les aventures qui y sont narrées comportent certes de belles victoires et quelques moments heureux, mais globalement c'est une série de défaites face au mal, d'échecs, de rivalités sanguinaires ou fraternelles. Et par conséquent (et paradoxalement) plus réaliste dans le déroulement (on échappe à ces fichus aigles surgis de nulle part !).
 
Plus qu'un roman, une histoire détaillée de la Terre du Milieu. Difficile à aborder (on ne le dira jamais assez), mais qui ravira les fans de Tolkien et les amoureux des plus grandes sagas. Sous le mélange des inspirations chrétienne (surtout la genèse) et des mythologie nordiques, Tolkien à tiré ce livre à part dont la fin est supposée représenter le début de notre histoire : un monde sans magie ni elfes, abandonné aux humains.

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