Royaume de vent et de colère

Publié le par Fred

couverture un royaume de vent et de colèresRoyaume de vent et de colères est le premier roman du jeune auteur français Jean-Laurent Del Socorro. Il se classe dans la catégorie fantasy par défaut, même s'il s'agit en réalité plus d'une fresque historique dérivée du péplum tant les éléments magiques sont légers.
 
En bref : Marseille à la fin du XVIème siècle est une cité prospère qui fait des envieux. Les guerres de religions entre catholiques et protestants font rages depuis des décennies. Chaque faction se déchire encore et toujours plus, et la cité portuaire est une cible d'importance. On suit l'histoire d'une poignée de personnages et leurs péripéties déchirantes. Du chevalier qui cherche désespérément à racheter son passé en passant par l'ex-chef mercenaire africaine devenue tenancière, la jeune fille rêvant de liberté devenue maîtresse d'une guilde d'assassin et un couple de mages persécutés... A chacun ses tourments, ses amours et ses tragédies. Ils finissent par se croiser à l'auberge de la Roue de la Fortune, et à eux tous ils vont décider bon gré mal gré du destin de toute la ville.
 

Tout d'abord, je dois dire que ce livre est un excellent premier roman. L'auteur maîtrise bien sa plume dans un style facile à lire, bien qu'assez atypique. La narration jongle avec la demi-douzaine de personnages dont elle raconte les histoires, le tout dans un roman de moins de trois cent pages. On a donc affaire à un rythme assez rapide, avec des chapitres courts et de nombreuses ellipses. Pourtant l'immersion est assez bonne, principalement parce que tous ces récits sont racontés à la première personne. C'est toujours un bon procédé pour augmenter l'empathie du lecteur, même si délicat à mettre en place. C'est assez déstabilisant au début de devoir s'identifier à des personnages aussi différents les uns des autres. Cela dit, on s'y fait rapidement et on se met à profiter de l'histoire.
 
Ce qui est particulièrement réussi dans ce livre, c'est évidemment les personnages. A travers leurs regards et leurs idées, parfois opposées mutuellement,  Del Socorro nous dévoile Marseille subtilement remaniée à sa sauce personnelle. On retrouve régulièrement des grands noms de l'histoire française, comme les rois Henry IV ou Charles IX, mais aussi certains des plus grands événements comme le terrible massacre de la Saint Barthélémy. A travers l'histoire sordide ou touchante de quelques âmes qui se croisent on redécouvre l'Histoire avec un grand "H", avec ses guerres, intrigues, complots, trahisons et retournements divers.
 
Mon coup de cœur va à Axelle. A priori je m'attendais à être agacé par ce personnage. Dans une fresque qui se veut quasi-historique les incohérences coûtent toujours cher en crédibilité. Or, c'est triste à dire, mais aux XVIème siècle encore plus que de nos jours être une femme est un handicap en société. Et Axelle en plus est noire et (littéralement) une fille de pute. C'est vache à dire, mais je ne m'attendais pas à ce que l'auteur parvienne à intégrer la femme forte qu'elle allait devenir dans son récit de façon cohérente. Cependant, non comptant d'apporter un souffle d'air frais sur cette période résolument inégale de l'histoire de France, Axelle est devenue mon personnage préféré. Des problèmes de son enfance, à la colère qui l'a habitée, en passant par sa détermination et ses principes, elle ne peut que toucher votre sympathie. Et  pourtant même les autres personnages ne sont pas en reste, même les plus anecdotique ont leur facettes intéressantes.
 
J'ai deux regrets cependant pour ce roman. Le premier est pardonnable : j'en aurais voulu plus. Plus de détails sur ces personnages que j'apprécie, plus sur l'histoire, plus sur la magie etc... Bon point malgré tout, l'auteur n'a pas ressenti le besoin de nous pondre un pavé pontifiant. C'est trop court à mon goût, mais au moins ça se lit agréablement !
 
Le deuxième défaut est plus d'ordre pratique : le synopsis est mauvais. On nous vend la "résolution" de la bataille (politique ou classique) pour la possession de Marseille. Alors qu'en fait ce n'est qu'un prétexte car le livre passe les trois quarts de son temps à nous narrer ce qui s'est passé avant. Du coup j'ai eu un goût d'inachevé pendant ma lecture, tout en appréciant ce que je lisait. Ne vous faites donc pas avoir par le quatrième de couverture ! Malgré tout, ce livre mérite sa chance, et j'attend de voir les prochains livres de Del Socorro pour vérifier si ses prochaines œuvres seront aussi réussies.

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