A contre-pied : Game of Thrones

Publié le par Fred

Game of Thrones - Georges R.R MartinOn m'a trop souvent reproché d'être un de ces fadas de littératures de l'imaginaire, avalant en disant amen les pires daubes de ce sous-genre infâme qu'était la fantasy, sous prétexte que "oh cé magik cé tro cool ! Dayeur ge suis resté un gran enfan dan ma téte"
 
Bon, d'accord, il y quand même un peu de ça, soyons honnête, la fantasy fournit un excellent exutoire qui fait rêver l'adulte blasé que je suis (à ne pas confondre avec l'émo rebelle voulant fuir la réalité). Mais... il y a quand même des choses qu'on ne peut pas laisser passer. Même la meilleur œuvre au monde a des défauts. Aujourd'hui, dans cette deuxième édition d'à Contre-Pied je vais allègrement cracher énoncer une opinion impopulaire sur Game Of Thrones (le Trône de Fer, en français) écrit par Georges R.R. Martin. 

Comme je ne tiens pas à me faire lyncher par une foule de fans en colère (qui se seraient perdu sur cet humble site ?) je ferais - plus tard - des critiques un peu plus gentilles sur chaque tome. En attendant, voici un bref synopsis pour ceux n'ayant jamais entendu parler de Game of Thrones (ou ayant résisté vaillamment à toute tentative d'être converti à cette religion très en vogue).
 

Synopsis
Très raccourci et 100% malhonnête

Sur le continent de Westeros, sept royaumes hétéroclites sont unis sous l'égide de Robert Ier Baratheon. Son règne fait suite à la rébellion contre les dirigeants Targaryens et leurs dragons, plus particulièrement contre le Roi Fou, un cinglé consanguin (au sens propre) qui aimait brûler les gens. Depuis lors les choses sont plutôt calmes et les gens profitent d'un long été ayant duré déjà dix ans. Un record même sur un monde au cycle de saisons si particuliers. Mais le long hiver approche, avec avec lui les Marcheurs Blancs, mythiques ennemis de l'humanité enfermés depuis longtemps dans les terres désertiques au nord du grand Mur.
 
En attendant cet apocalypse imminent, le monde va joyeusement exploser dans une guerre d'envergure. Ou plutôt de nombreuses guerres, car entre les régicides avérés, les potentiels, les maisons ennemies depuis des siècles et les survivants de la précédente rébellion... les candidats ne manquent pas pour foutre le bazar. Le gros des conflits se déroulent entre les maisons Baratheon (actuel tenants du titre, partisans de la subtilité et de la modération), Lannister (blondinets incestueux universellement adorés) et Stark (célèbre pour leurs loups et leur habileté à survivre aux complots grâce à leur méfiance naturelle).
 
Comme il est si bien dit dans le livre, au jeu des Trônes, vous gagnez ou vous mourrez...

"A chaque fois que quelqu'un me demande quand sort le prochain livre... Je tue un Stark", G.R.R. Martin (source fiable : internet)
 
Du côté des points positifs, on a pas mal de bonnes idées de scénario (une bonne dose d'inspiration de l'histoire tumultueuse de l'Angleterre), beaucoup de personnages sympathiques (ou a tout le moins très bien construits) et un univers très riche. D'ailleurs ce point fait souvent comparer George R.R.Martin avec J.R.R. Tolkien... ce qui n'est pas vraiment un compliment selon moi !

Le Trône de Fer vs La littérature fantasy

Mais pourquoi donc ? me demanderez-vous. Alors que Tolkien est connu mondialement comme l'un des précurseurs de la fantasy, véritable fondateur de notre perception des hommes, elfes, nains et orcs, de leurs petites relations haineuses et quasiment référence obligatoire dans le genre ? Principalement parce que Tolkien écrivait au début et milieu du XXème siècle dans un genre jusque là totalement ignoré du grand public.
 
Or maintenant le genre est bien installé, bien diffusé, et globalement de moins en moins mal perçu. "Un français lit des classiques français. De préférence vieux de deux siècles ou plus, sinon c'est de la merde". Et force est de constater que le Trône de Fer n'a rien de vraiment novateur dans le genre. Du tout. En un sens, ça n'est pas bien grave, puisque c'est le cas de la majorité des "bonnes" œuvres, mais ça mérite d'être soulignés à ceux l'ayant vu comme une révélation. Je ne dit pas ça pour qu'on traite les gens d'incultes et qu'on les envoie au bûcher. C'est juste que tout le monde ne passe pas autant de temps que vous et moi à lire, et donc ne peut pas s'en rendre compte. Protégeons nos amis incultes de nos pulsions snobs SVP !
 
Martin se veut "réaliste" dans sa fantasy, il n'y a donc quasiment pas de magie, ce qui est un choix qui se défend. La religion existe, avec même quelques dieux ayant une réalité certaine (voir terrifiante --> résurrections de cadavres), mais impacte finalement assez peu l'histoire. Le côté "médiéval" est peu présent lui aussi, évitant la plupart des thèmes courant dans le genre (architecture d'époque, héraldique, liens sociaux particuliers). D'ailleurs hormis l'absence de poudre, toute la société décrite dans GoT correspondrait plus à la Renaissance, mais je vous renvoie à cet excellent article (en anglais) pour plus de détails.
 
Tous ces ingrédients assez courants dans le genre sautent à la trappe pour faire place à des complots d'envergure, ce qui est bien, et... de la cuisine. Les plats sont détaillés en long en large et en travers, jusqu'à l'écœurement dans ce qui semble être un tic d'écriture. Quand on a besoin de meubler un peu, on rajoute un cassoulet sauce provençale. J'exagère, mais pas tant que ça, j'invite ceux qui ne me croient pas à démarrer un jeu d'alcool sur ce thème. Non vraiment, outre la nourriture, il y a beaucoup de remplissage dans les livres, c'est d'autant plus dommage que le reste est intéressant.
 

Un repas d'anniversaire qui tourne mal. Pour notre plus grand plaisir sadique.
 
 
Qu'on ne vienne pas me parler de la violence ou du sexe volontairement choquant. Martin n'a pas inventé les personnages principaux qui souffrent ou meurent de façon horrible. J'engage les lecteurs à aborder du Gemmel, du Douglas, du Baker, Hobb, Weeks, Sanderson,  Sapworski ou du Lawrence... et j'en passe. Oui, la mortalité est élevée, oui Internet a hissé GoT au rang de générateur de meme pour toute une génération, mais Non, ce n'est pas le seul livre à le faire. Du sang, du sexe, des souffrances horribles, de la tension dramatique, du malaise, vous en voulez ? Cherchez un peu dans ces auteurs vous en aurez à profusion ! Dit comme ça, on a l'air sadique, non ?
 

Le Trône de Fer vs Lecteur

Assez parlé des autres livres, quels sont les défauts du Trône de Fer lui-même ? Les plus évidents sont rédhibitoires... Il y a un certain nombre d'erreurs, donnant lieu à des anachronismes, tant au niveau des objets que du style de phrase et des expressions employées. D'ailleurs revenons sur les expressions. George Martin est le maître de la circonlocution intempestive. Des phrases sans verbes. Des énumérations de noms propres dignes des pires moments de Michel Strogoff. Outch !
 
Un univers riche et vaste veut aussi dire lourd à digérer. Parfois trop. Ça a été dit et redit : il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de personnages, de lieux et d'événements. Pour le fan hardcore ou le relecteur ça passe (et même ça peut faire plaisir ce niveau de détail). Pour le lecteur moyen pas encore familier de l'œuvre, ça en devient indigeste.
 
Enfin, dernier point, si le style même de Martin est (volontairement) assez ampoulé, presque archaïque dans son phrasé, rendant sa lecture assez mollassonne, les livres traduits en français ont encore empiré les choses. Je ne veut pas cracher sur les traducteurs, le job n'était pas facile, mais le résultat n'est pas fameux.
 

Et c'est là qu'on atteint un curieux paradoxe. Si le fond du Trône de Fer est très "classique" pour le genre, sans véritable surprise, décevant le puriste de fantasy au profit d'un lecteur plus néophyte (qui sera plus à l'aise dans un univers moins étrange)... en revanche sur la forme c'est le contraire. Qu'on se le dise, un lecteur "amateur" n'envisagera pas ce périple de 7 000 pages sans y repenser à deux fois, alors que le routard croulant sous les livres ne se laissera pas impressionner ! Malgré tout, sept mille pages, c'est long.

"Winter is coming" dit la célèbre devise. Mais ce petit impertinent d'hiver met bien longtemps à arriver ! Les nombreux complots qui sont initialement vendus comme étant des intrigues secondaires avant la zombipocalypse... nous occupent au final pendant 95% de l'œuvre. Et ça c'est un coup dur pour le lecteur impatient !

Le Trône de Fer vs Game of Thrones

On ne peut pas parler du livre sans parler de la série. D'habitude je suis toujours un peu amer quand on parle des adaptations, mais il faut dire ce qui est, c'est un excellent moyen de populariser une œuvre dans une société lisant peu. Ami lecteur, tu entends ? Tu es donc quelqu'un d'objectivement exceptionnel, c'est pas beau ça ?
 
Pour mettre les choses au clair, j'ai découvert d'abord le livre dont j'ai lu les 3-4 premiers tomes tranquillement sur plusieurs années (ma PAL ne diminue jamais malheureusement !) avant d'attaquer la série. Essentiellement dans le but de voir si Sean Bean allait survivre, mais passons...
 
La série s'est permise bon nombre de raccourcis scénaristiques, de personnages tronqués ou fusionnés pour des raisons de simplicité, mais globalement elle est très fidèle aux livres. Surtout la saison 1 qui est quasiment une retranscription directe, après on dévie forcément de plus en plus. Du bon matériel est gâché, mais ce n'est rien a côté d'autres adaptations... Comme pour tout support papier, on y perd tristement le jeu d'acteur excellent, de bons décors et de très bonnes musiques à thèmes. J'ai toujours un frisson quand j'entend le thème Lannister, en repensant aux fameuses Noces Pourpres et leur horrible conclusion (spoiler alert).
 
Ca serait vraiment faire preuve de mauvaise foi que de reprocher à un livre ces faiblesses inhérentes au support. Surtout quand on dispose de notre formidable imagination pour combler tous ces manques, ces décors, ces musiques...
 
Hum... Bon,... mon imagination étant ce qu'elle est j'ai quand même l'impression d'avoir perdu au change !
 
Mais plus sérieusement, là où la série à fait fort par rapport aux livre, c'est selon moi en taillant allègrement dans le moins intéressant. A une exception près. Je ne suis pas puritain j'ai regardé les trois saisons de Spartacus quand même, j'ai pas (trop) honte de l'avouer, mais il n'y a pas UN SEUL épisode sur les 3 premières saisons sans au moins une scène de cul/nu.  Ça en dit long... Intéresser un public en rût  jeune à des complots mettant longtemps à se développer n'est pas évident. Un peu plus de sang et de jolies fesses que l'original est un bon moyen d'y parvenir. Surtout que c'est souvent justifié dans le développement des personnages. Mais clairement pas systématiquement. Pas un épisode n'est épargné et je me suis retapé leur visionnage avec attention il y a pas longtemps. Donc pour une fois, bon point sur le livre par rapport à la série : moins d'attrape gogo injustifié dans l'histoire visant à le maintenir en haleine (ou au moins excité, sisi, apparemment ça compte). En contrepartie... j'ai déjà signalé que le rythme était leeeennnnt ?
 

Verdict

Malgré tous les défauts objectifs, et même le mal que j'ai pu en dire en toute mauvaise foi, j'ai quand même acheté chaque bouquin de cette longue saga. Et je compte acheter les derniers quand ils sortiront. Les livres ont beau avoir leurs longueurs, l'univers est quand même riche, il y a de la profondeur dans les histoires racontés et des personnages captivants (au milieu des innombrables oubliables), et je suis assez masochiste pour tout supporter pour obtenir ma dose quotidienne de drama.
 
Alors pourquoi tant de haine ? Pour le plaisir de me faire lyncher par une foule en délire ? Certainement pas ! En vérité il s'agit du bon vieux agacement du geek et de son encombrante bibliothèque surchargé. Agacé d'entendre sans cesse répéter quel chef-d'œuvre incontestable est le Trône de Fer, best-seller international, pilier novateur etc...
 
NON. Le livre est pas mal, sans plus. Riche en contenu, certes, mais longuet, et certainement pas "neuf". Ni par son univers (classique), ni par ses personnages et leurs vie (et surtout leur mort), ni par ses éléments médiévaux (très peu présent) ou issus fantasy (en gros on a des zombis et des dieux qui ressuscitent parfois les personnages).
 
Les livres se sont pas mal vendu initialement, mais une fois encore, sans plus, jusqu'à l'énorme popularisation apporté par le phénomène Game of Thrones (dont moi aussi je suis fan). Et quand bien même : l'argument du nombre de vente n'est pas valable, sinon 50 Shades of Grey serait probablement qualifié d'un des meilleur livres du millénaire. 
 
Ma conclusion est la suivante en tant que snob arrogant ayant passé une très (trop) grande partie de ma vie le nez dans un bouquin : il y a mieux que Game of Throne à lire. Plus dynamique, aussi riche, violent, prenant etc... Ne le placez pas sur un piédestal. Si vous faites preuve de curiosité et demandez autour de vous, vous découvrirez ces petites merveilles n'ayant pas eu leur succès en série et qui sont pourtant digne de votre adoration.
 
PS : et un rappel de plus, un, qu'on doit encore attendre plusieurs mois avant d'avoir la suite et fin de cette énorme saga.

Publié dans Fantasy, Favoris

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Lire à la folie 03/09/2017 22:50

Ne voyant pas les hordes de fans prêt à lyncher cet article, je ne peut qu'en soutenir le contenu^^
Tu mets les mots sur mon ressenti, sauf que j'ai carrément laissé tomber avant la fin de la première intégrale et que du coup, je ne regarde pas la série.
Je trouve qu'il y a beaucoup mieux que GoT en fantasy et de loin (Hobb, Eddings,...).
Cette série a l'avantage de populariser la fantasy auprès du grand public après le Seigneur des anneaux, mais elle ne casse pas trois pattes à un canard :D

Fred 04/09/2017 05:20

Hum pour les hordes en colère, ça s'explique peut être par l'absence de hordes tout court :)

En tout cas ça fait plaisir de voir cet avis partagé ! Il y a tellement de bons auteurs qui sont négligés face au phénomène GoT c'est triste...Oh my... le dernier Hobb...

Merci pour ton appréciation, en tout cas ! Moi aussi j'ai hâte que le genre se popularise pour qu'on passe à d'autres adaptations de livres qui m'ont passionnés !