Edge of Tomorrow

Publié le par Fred

Edge of tomorrow - all you need is kill - couvertureLa critique d'aujourd'hui est un peu spéciale puisqu'elle porte sur All you need is Kill, un livre de guerre/sf post apocalyptique qui a servi de base au film Edge of Tomorrow. Pour des raisons évidentes le nom du livre a été changé par son auteur, Hiroshi Sakuzazaka.
 
En bref : la Terre fait face à une terrible invasion extra-terrestre. Sur tous les continents, les Mimics - ces créatures ultra-rapides et puissantes - mènent la danse. La défaite est lente à venir, mais elle semble inévitable. Les forces nationales se sont unies bon gré, mal gré mais semblent à peine ralentir l'inéluctable. Le soldat Keiji est une fraîche recrue dans l'infanterie mécanisée japonaise, clairement pas prêt pour faire face à une telle menace. En fait il meurt dès son premier affrontement direct... avant de se réveiller, une trentaine d'heures avant, bien vivant. Après l'incompréhension et le choc il réalise qu'il est prit dans un boucle temporelle, condamné à revivre encore et encore la même bataille. N'ayant plus rien à perdre, Keiji décide de prendre modèle sur l'icône de propagande qu'est Rita Vrataski : soldate d'élite massacrant les Mimics aussi connue sous le nom de Full Metal Bitch. Quand on a l'éternité devant soi et la rage au cœur, même l'impossible devient une simple question d'entraînement...

Quand j'ai abordé ce court roman japonais (en version anglaise faute de l'avoir trouvé en VF) j'étais partagé. Tout d'abord j'ai beaucoup aimé le film (moins pour le coté baston spectaculaire que pour son montage et la construction des personnages que je trouve géniale - tout est dans le détail de leurs expressions). Bref, s'agissant d'une adaptation au sens large, je ne savais pas à quoi m'attendre. Et finalement, le résultat est vraiment pas mal !
 
Au début on est directement plongé dans le feu de l'action, lors de la première bataille (et mort) du jeune Keiji. Avec des phrases courtes et directes le décor est rapidement planté. Dans un roman bref c'est d'autant plus nécessaire que l'on va revivre plusieurs fois les mêmes scènes. Tout est raconté à la première personne (principalement du point de vue de Keiji, et un peu de celui de Rita Vrataski plus tard), et le constat est rapide : on ne fait pas dans la dentelle. Ce que j'appellerai le "fuck-omètre" est particulièrement élevé. J'avais peur que ce soit par manque de diversion du vocabulaire mais c'est en fait voulu. 
 
Le livre se passe dans un contexte résolument militariste : on est principalement dans une grande base militaire ou sur un champ de bataille. On a droit a plusieurs scènes humaines ou carrément cocasses, des chamailleries à la cafétéria aux entraînements sadiques en passant par les coutumes de vol d'alcool pour faire la fête juste avant une bataille. Pourtant l'opposition aux Mimics est au premier plan... et au second celle aux civils. Très souvent classé à part, les civils forment un contraste étonnant avec nos personnages principaux militaires, souvent qualifiés de trop insouciants ou de pacifisme stupides. Étonnamment ce sont souvent les militaires qui en paraissent le plus diminués, par leur manque d'humanité.
 
Car les personnages, quelque soit leur compétences ont tous de sacrés défauts. Le soldat lambda est au choix patriote irréfléchi, tête brûlé ou un pauvre type qui n'aurait pas du signer avec l'armée. Dans tous les cas un mort en sursit. Ensuite viennent les vétérans comme le sergent Farell, un formateur de Keiji qui s'isolent des autres et se consacrent à leur survie. Le processus de déshumanisation à commencé, il sera complet quand on atteint le sommet avec la Full Metal Bitch, légende vivante faisant office d'ange de la mort chez les Mimics. Elle - puis Keiji - est totalement séparée du reste de l'humanité, ne pensant plus de la même façon, refusant tout lien avec quiconque et avec de lourdes séquelles psychologiques après tous les morts qu'elle a vu.
 
Enfin, ce que j'ai apprécié, c'est la modération nationaliste de l'auteur. Si l'action se passe au Japon, les recrues locales sont loin d'être des héros en devenir (au contraire). La technologie et l'effort de guerre sont répartis à un niveau mondial. Même les États-Unis ne sont pas glorifiés outrageusement comme c'est trop souvent le cas. Ici ils ne sont présent que sous la forme d'escorte pour le symbole mondial qu'est Rita Vrataski.
 
J'ai donc bien aimé All you need is Kill. Malgré son approche grossière ultra-militarisée des choses, c'est un livre qui retranscrit vigoureusement une société qui se fracasse lentement dans une guerre totale. Ses personnages sont intéressants. Mon coup de cœur est d'ailleurs pour les passages qui nous en racontent un peu plus sur Rita et le sergent Farell, des personnages qu'on veut apprécier et mieux connaître.
Le ton du récit est définitivement sombre, plus même que dans le film, et le style est peu être un peu trop expéditif à mon goût. Cependant avec un bon usage de l'ellipse, ce livre se lit rapidement et mérite d'être connu indépendamment du film.
 
L'auteur fan de jeux vidéos s'est beaucoup investi dans le personnage principal, expliquant dans sa conclusion que n'importe qui avec suffisamment de "sauvegardes" et de retour en arrière pouvait devenir le "héros" de n'importe quel scénario, obtenant finalement une victoire bien amère.

 

Publié dans SF

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