Le Peuple Turquoise

Publié le par Fred

Le peuple turquoise - Ayesha - Les trois lunes de Tanjor - Ange
Le Peuple Turquoise est le premier tome de la trilogie de fantasy d'Ayesha, écrite par Ange (pseudonyme du couple d'auteurs Anne et Gérard Guéro).
 
En bref : sur Tanjor le peuple Turquoise vit en esclavage depuis des millénaires. Facilement identifiés à leur yeux bleus-violets ils ont été condamnés il y a longtemps à payer les pour les péchés de tous les humains par les dieux eux-mêmes. La rune de la captivité, gravée parmi les étoiles en est un constant rappel, ils naissent, vivent, et meurent esclaves : obéissant à leur maître, les rois et reines de sang divins. Une prophétie annonce qu'ils seront un jour libérés par la déesse Ayesha.
Bien que moins sadiques que les autres, la princesse Marikani n'a pas vraiment le temps d'aider ces pauvres hères, elle doit d'abord penser à sauver sa peau. En effet son navire s'est fait couler et elle est quasiment seule à l'autre bout du monde, avec pour seuls compagnons une suivante, Liénor et un homme au comportement franchement funeste. Arekh était galérien avant que Marikani ne le sauve. Par gratitude il ne s'en débarrasse pas immédiatement, même si ce n'est pas l'envie qui lui manque...
 
Ainsi débute cette étrange trilogie plongée dans les droits de l'Homme, la destinée et les pouvoirs des dieux. Ce premier volume se découpe en deux parties très différentes un peu après son milieu.
 
La première partie démarre très fort, avec le fameux naufrage qui fait se rencontrer une princesse demi-déesse aux opinions atypiques et un galérien au passé sanglant. N'ayant pas vraiment le choix, ils se retrouvent à fuir ensemble en territoire ennemi pour atteindre l'un de ces fameux havres de la fantasy qui sont évidemment très lointains.
 
Bien que classique, cette première partie est pourtant plaisante par son dynamisme. Dès le début on saute dans l'action, qui s'enchaîne sans coup férir. Ils y explorent le monde de Tanjor en même temps que nous.. entre les combats avec leurs poursuivants et leurs joutes verbales (pas toujours très calmes) concernant le sort du monde, l'inéluctabilité de leur mort et d'autres sujets aussi joyeux !
 
Globalement cette partie nous permet de découvrir une première approximation de nos personnages. Les auteurs ont pris plaisir à parsemer le récit de brefs aperçus des ruines d'un autre monde qui sont fort intéressants. Cependant on n'oubliera jamais la grande fatigue qui menace Marikani et Arekh constamment dans leur fuite effrénée. C'est un véritable combat contre un épuisement aussi total que fatal auquel on assiste !
 
La deuxième partie est plus calme (relativement en tout cas) et elle se concentre d'avantage sur le côté politique et les manigances à grande échelle. Quand auparavant l'enjeu était uniquement de survivre, on aperçoit finalement de plus grands objectifs, des complots plus complexes là où il n'y avait auparavant qu'une banale chasse à l'homme.
 
Pour la première fois notre escouade de survivants aguerris a un peu de temps pour souffler et on peut donc d'avantage développer leur background et leur caractère. Si Arekh a enfin fini par abandonner l'idée de se débarrasser (littéralement) de Marikani pour un rôle plus conventionnel de conseiller/protecteur (oh romantisme quand tu nous tiens...) en revanche sa relation avec sa suivante Liénor est de plus en plus tendue et vire même à la haine sans équivoque. Enjeux globaux ou pas, les menaces pour des choses aussi triviales que la vie de nos héros sont loin d'être terminées !
 
Ce premier tome de la trilogie d'Ayesha pose les bases de son univers à travers ses personnages principaux, mais surtout en mettant en avant les nombreux conflits idéologiques qui l'émaillent. Au cœur même du récit est la religion. Ou plutôt les religions, avec leurs panthéons, servants fidèles (des puissants monarques aux plus humbles paysans), et croyances particulières. Dont la plus importante concerne ici les droits en tant qu'être humain de tout un peuple, rabaissé à moins que rien depuis des lustres.
 
Dans ce monde se trouvent des fanatiques, mais aussi (et c'est plus surprenant) des athées qui se font discrets. L'opposition sur ce point entre Arekh et Marikani est un fil conducteur du récit, avec un final qu'on aura pu deviner mais qui est quand même remarquable.
 
J'ai beaucoup aimé ce premier tome. Malgré le côté très classique initial, Ange s'est permis de jolies aventures bien tarabiscotées. Les personnages sont intéressants à souhaits, torturés entre différentes loyautés, qualités et défauts. Comme souvent on passe la moitié du récit à se demander s'ils vont finir ensemble (haha, si vous saviez...) Surtout il n'y a que très peu de manichéisme (un comble pour une histoire massivement basée sur des croyances religieuses). 

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