Le Chant des sorciers

Publié le par Fred

Le chant des sorciers - le prince du néant tome 3 de R.Scott Bakker
Le Chant des sorciers est le troisième et dernier tome de la saga de dark fantasy Le Prince du Néant écrite par R. Scott Bakker. Voici des liens vers les critiques du premier et du deuxième tome. Comme d'habitude avec les saga : attention aux spoilers !
 
En bref : Kellhus, le "Prince du Néant" est désormais le maître incontesté de la Guerre Sainte contre les impies. Cet être anormalement intelligent a trouvé une arme aussi étonnante qu'hypocrite pour en prendre le contrôle : une foi virant au fanatisme pur et dur. Un comble pour ce logicien qui n'a fait tout ça que pour tuer son père à l'autre bout du monde. Dans son ascension fulgurante il s'est fait des ennemis. Le barbare Cnaiür a sombré dans la folie et la haine. Achamian autrefois mentor de Kellhus commence désormais à douter. Et si Kellhus n'était pas l'élu annoncé par les prophéties pour sauver le monde, mais bien un être froid, implacable et manipulateur ? Pire que tout, les "païens" cible de la croisade ne sont en fait que des ennemis de circonstances. La Consulte, ses monstres métamorphes et ses intrigues millénaires sont sortis de l'ombre pour déclencher la fin du monde...
 
Conclusion de cette sombre trilogie, le Chant des sorciers relève le défi des précédents tomes. Les enjeux sont toujours plus élevés, l'horreur toujours aussi présente et les personnages aussi tourmentés. 
 
Le plus frappant au premier abord c'est la transformation de Cnaiür. Forcé à faire équipe avec quelqu'un qu'il haït dans le but de tuer un père qu'il abomine encore plus, sa raison cède progressivement. Trop de concessions, trop d'humiliations, trop de manipulations et de questionnement incessants sur cet être supérieur qu'est Kellhus. S'en est trop pour le plus violent de tous les hommes qui devient de plus en plus incontrôlable tel un chien fou. Devant la puissance croissante de Kellhus et ses fanatiques, la Consulte va même tenter d'approcher ce chef de guerre et de le retourner.
 
Pour Kellhus même, les choses sont plus complexes. Cet implacable partisan de la logique, de la rationalité et du contrôle a été confronté dans le précédent tome à un problème apparemment insoluble. Prétendre en douceur au rang de Prophète lui a attiré des inimités au point qu'il a tenté un véritable gambit. Le résultat, c'était d'être exécuté lentement, suspendu la tête en bas collé au cadavre de sa compagne.
 
Dans le délire de la douleur, la soif et la fatigue qui en a résulté il a reçu des visions que sa logique ne peut expliquer. Son ordre secret qui depuis des millénaire se targue de véritablement comprendre le monde pour le plier à sa volonté a finalement trouvé ses limites. L'inexplicable. Le Non-Dieu maléfique et ses plans d'asservissement. Les objecftifs de Kellhus ont changés en conséquence, et après un retournement de situation de dernière minute il a convaincu ses anciens ennemis qu'il était leur sauveur.
 
Achamian, le vieux sorcier bedonnant méprisé est du retour d'entre les morts. Capturé et torturé par ses ennemis, il s'est malgré tout libéré dans un déchaînement de pouvoir, révélant cette facette cachée de son personnage. On comprend enfin vraiment la rancœur de celui méprisé par tous et qui pourtant dispose d'un pouvoir plus grand que bien des rois. Le problème c'est qu'à son retour, la femme qu'il aimait a succombé aux charmes de l'incroyable guerrier-prophète, Kellhus lui-même. C'est que derrière la facette de prostituée vieillissante, Esmenet s'avère être une femme à l'intellect brillant, et donc très utile pour un Kellhus qui considère les gens comme des outils à sa dispositions.
 
Devant cette trahison, et pour la première fois, Achamian prend vraiment du recul sur la situation. Son ancien disciple, si brillant, si bon, si parfait n'est-il en fait qu'une vipère manipulatrice ? Plus important, est-il oui ou non ce fameux élu censé tous les sauver ?
 
Aussi complexe que les précédentes œuvres, le Chant des sorciers est un roman prenant à l'univers extrêmement riche et sombre. Les personnages nous sont maintenant bien connus et c'est avec sympathie ou stupeur qu'on les voit plonger dans leur maelström de problèmes. Les complots commencent à converger, la Sainte Croisade a quasiment atteint son but et la résolution ultime de la saga est en vue.
 
Du côté des défauts, il y a l'évidente complexité du livre : l'univers est tellement riche que ça peut virer à l'indigeste encyclopédique devant le nombre de peuples, lieux et personnages impliqués. Côté violence et tourments, il faut s'accrocher autrement votre facette fleur bleue finira ensevelie six pieds sous terre. Soyez prévenu c'est un livre qui va vous en faire baver.
 
Et pourtant, ces mêmes faiblesses sont en même temps les forces incontestables de ce roman. Associé a des personnages dépeints franchement, sans concessions pour leurs défauts, mais aussi leur génie, le tout forme un livre fracassant qu'il faut avoir lu.

Publié dans Fantasy, Dark

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